ACTE TROISIEME i
supportent très convenablement l'absence, à cause de l'idée... Fidée !... Tu as parfaitement bien fait, Marcel, de me parler avec cette franchise. C'est très bien comme ça... et c'est tellement mieux ! Tu aurais pu mentir... tandis qu'ainsi je préfère renoncer complètement à tout faux espoir de replâtrage... Au moins, comme ça, c'est net... on ne perd pas son temps à des chimères, à des désespoirs, des rages contre lesquelles on finit par se casser la tête !... Je vais tout de suite m'y mettre... Oh ! j'ai déjà tâché aujourd'hui... Ce matin, je me suis dit : « Tiens, puisque je suis à Londres, profitons-en tout de même... » Alors, j'ai été |à Westminster, j'ai visité les musées, la National Gallery, j'ai tâché de m'enthousiasmer pour des tableaux... Ah ! dame, ce n'était pas facile !... J'ai entrevu toutes les villes que j'aurai le temps maintenant de visiter. J'ai entrevu ce que sera désormais cette existence de voyages... toutes ces villes où il me semble que la plus grande angoisse que j'éprouverai, c'est de ne plus avoir quelqu'un à qui envoyer de télégramme en arrivant... comme aujourd'hui... car c'est la première fois que je suis arrivée quelque part sans écrire sur un bout de papier : « Suis bien arrivée, chéri ! »
ARMAURY
Si tu t'es juré de ne prononcer que les paroles les plus émouvantes, les paroles qui trouent l'âme, ah ! tu as pleinement réussi, Fanny ! Je ne puis te dire que cela, c'est peu, mais je te le dis dans un grand bouleversement : je n'ai pas en moi la possibilité de modifier les événements, je n'en suis même plus le maître... mais, qu'il arrive, un jour quelconque, un de ces imprévus que tu viens d'énumérer, et qui sont plus forts que nos volon-
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tés, ah ! c'est à toi seule, Fanny, que je courrai , de tout mon élan !
FANNY
Tu vois que j'ai bien fait de venir î Je le savais ^ je le savais qu'il sortirait de notre rencontre, quelque chose de bien, d'utile... Les autres sont là, à attendre... ils croient que nous sommes en train de nous dire les pires horreurs, toutes les saletés qu'on se jette à la tête en pareil cas... et, au contraire, entre nous, il y aura eu, non pas un rapprochement, mais quelque chose comme... une complicité de l'avenir... quelque chose de bien à nous deux (Fébrile.) Oui, oui, je sors de là avec un peu de lumière, de l'énergie au cœur... C'est très bien... c'est très bien.
ARMAURY, éclatant en larmes et courant à elle.
Fanny ! Fanny ! Oh ! je ne peux plus... j'étoufîe...
FANNY, V interrompant, avec un grand retrait de tout Vêtre.
Non, surtout pas cela, pas un geste, mom ami, pas un mouvement vers moi, pas une fausse note, Marcel !... Je sais que tu meurs d'envie de me serrer dans tes bras... je le vois^ j'en suis sûre... mais ne le fais pas, je t'en supplie... Pas un geste maladroii ! C'est, surtout,, ce baiser-là qu'il faut savoir ne pas nous donner !... Non, quittons-nous sur cette espèce de lumière ;, nous ne trouverons pas mieux. N'ajoute pas même un mot, ce serait de trop. Nous n'avons pas laissé échapper la moindre bévue, la moindre rancœur... je t'assure, c'est très bien, très satisfaisant. Maintenant, je vais être forte, Marcel !... Avec ce petit bout d'espoir, cette promesse, je