ACTE TROISIEME i3i
comme tu réponds, dans un moment pareil, c'est qu'il est inutile d'insister... Compris... J'en étais sûre d'ailleurs... Ce n'était qu'une formalité. Quand quelqu'un de ta trempe, grave, pondéré, prend une telle résolution, et casse tout, il n'y a plus rien à faire !... J'ai compris. Tu me passerais sur le corps... Tu passerais sur tout, tu nous sacrifierais tous, tu passerais sur ta propre douleur... C'est fmi !... (Sur la home où elle est assise, le corps a un fléchissement de mort. Puis, (Tun mouvement lent et lassé des épaules et de la main, elle rajuste son manteau ; très simplement, elle se soulève, le pas traînant.) Alors, je ne vais plus te demander qu'une seule chose... une seule, vois-tu, mais j'en ai tant besoin ! (Elle a un tremblement,) S'il survenait dans ta vie un accident... sait-on jamais, n'est-ce pas ? il y a tant d'imprévu ! c'est vrai... la vie est bête... une voiture qui passe et écrase... la maladie... enfin, qui peut répondre de l'avenir ?... mille choses !... tu as quarante ans passés... elle est très jeune... dans quelques années, sait-on, un désaccord... enfin, écoute, s'il arrivait qu'à votre tour, vous deviez vous séparer... (Très vite dans une sorte de secousse de désespoir.) je te demande seulement de m'assurer que c'est à moi que tu reviendrais !
ARMAURY
Etonné d'' abord, il la regarde, puis ses yeux se mouillent.
Oh ! cela de tout mon cœur, Fanny ! Tu peux en être sûre... Je te le jure, de tout mon remords et sur toute notre ancienne tendresse 1
Silence,
FANNY
Et maintenant, il va falloir que je vive de cette
i3a LA YIERGE FOLLE
petite pai'ole-là !.,. Il le faut, il le faut, oaa je serais perdue !... Avec ça, tu comprends^ je vais pouvoir passer le pont... le pont de la douleur... si long qu'il soit. Autrement, je crois bien, Marcel, que je mourrais tout à coup... Le vide tout, noir, là, devant soi... le trou... brrr... Tandis qu'ainsi, avêo la compagnie au moins de cette attente, avec l'idée qu'on se reverra tout de même un jour... car c'est fatal, c'est sûr, c'est sûr, on se retrouvera... eh bien, alors, j'aurai du courage I Tout ne sera pas mort... il y aura le point fixe, là-ba«... Illusion pour toi, peut-être, réalité p#uif moi ! Cette idée va s'ancrer en moi, qu'on vieillira peut-être ensemble, que nous serons là, tous deux, tout vieux.,, que nous aurons notre vieillesse comme nous avons eu notre jeu^nesse... que je serrerai tes mains dans les miennes,, avant de partir pour le grand voyage... Gela me fera même tenir à ma propre vie... cela me forcera à me soigner, à ne pas me laisser aller comme celles qui ont renoncé complètement... afin que tu me retrouves encore un peu ressemblante à ce que j'ai été, quand nous vivions ensemble !... ARMAURY, pleurant, la tête dans ses mains. Ah ! Fanny, tout ce que tu dis là, tout ce que tu dis là... c'est immense !...
FANNY
Pas un mot de commisération, je t'en prie, pas un mot, ou je n'aurai même plus la force de me lever et de m'en aller ! Et Dieu sait ce qu'il va m'en falloir de force ! Je vais tâcher de m'imaginer... n'importe quoi... que tu es parti pour un long tour du monde. Il y a des femmes... tiens, Thérèse Vidal, par exemple... dont les maris sont en expédition très loin, durant des années... Elles