ACTE TROISIÈME i
DE CHARANCE
A nous en retourner... Vraitnent... tel est votre avis ?...
FANNY
Dame ! Que voulez-vous que nous fassions de plus ? Nous avons tout épuisé. De quoi avonsnous l'air, à la fm !... D'une noce de vaudeville !... Voyez-vous ce cortège emboîtant le pas derrière cet homme et cette femme... Mes amis, il n'y a plus qu'à rentrer chez nous, prendre notre parti de l'irrémédiable et faire au moins que nous ne devenions pas risibles !
DE CHARANCE
Je ne crois pas, Madame, qu'on puisse se moquer d'un père qui se défend avec désespoir et qui se défendra avec toute la force de son indignation, je vous le garantis. La résignation vous vient avec facilité ! Après tout, vous ne dépendez q'ue de vous-même ; il y a moins d'affaires engagées, moins de choses en jeu de votre côté que du nôtre...
GASTON
Mais, Madame...
DE CHARANCE, lui imposant silence.
Une seconde, Gaston... Madame, vous nous conseillez à chacun la résignation et le renoncement que vous vous distribuez avec un sang- froid que vous n'aviez pas, hier encore, et...
FANNY
Je ne l'avais pas hier, parce que je n'étais pas persuadée encore de l'irréparable, je ne m'étais pas heurtée moi-même à l'impossible comme je viens de le faire...
DE CHARANCE
Justement, Madame, voilà où je voulais en venir. Dans mon effondrement, moi, je n'ai plus qu'une idée : que notre honneur s'en sorte avec le moins d'atteinte possible. Je vous propose une solution légale, amiable...
FANNY
Je ne comprends pas, que voulez-vous dire ?...
DE CHARANCE
C'est très simple. Puisque vous abandonnez, dites-vous, complètement la partie et renoncez à tout espoir, mettons-nous, socialement, en règle. Divorcez ! Quel que soit notre sentiment de tristesse, je crois que ma femme, comme nous, consentirait à sauver l'honneur de la maison et de sa fille. L'union de ma fille à son séducteur ne serait plus qu'une demi-honte, qu'un demi-désespoir.
Mon père a raison.
FANNY
Vous en avez de bonnes, vous !... Tiens, parbleu, je comprends ça 1 Et moi, là-dedans ?...
GASTON
Mais, Madame, n'est-ce pas vous-même qui, à l'instant, parliez de renoncement ?
FANNY
Renoncer, oui... mais divorcer au bénéfice de votre fille ?... Ah I non, par exemple, non, vous n'y pensez pas ! Ça se lit dans les romans, ces choses-là, cher Monsieur. Me voyez-vous... pour le bonheur de celle qui me l'a pris...
DE CHARANCE
Oh ! bonheur...