‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 94 sur 114 · ACTE QUATRIEME ibg · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME ibg

ç'çement.) du moins de ton affection pour moi... Mais, confie-moi et laisse-moi aux mains de la fatalité.

FANNY

Oh I je t'en prie, Marcel !... Pas d'appréciations t Je ne te demande ni d'approuver ni de désapprouver ce que je fais. Moi-même, est-ce que je m'en rends compte ?... Gomment ai-je la force d'être ici, à côté de votre chambre, — que dis-je ? dans votre chambre 1... ici, où pas une femme n'aurait le courage de pénétrer ?... Eh bien, j'ai été enlevée, précipitée, comme malgré moi, par une impatience irrésistible, parce qu'il s'agissait de ta vie !... Je suis venue cogner contre cette porte épouvantable !... C'est plus fort que moi, la sensation que tu es en danger, que quelqu'un voudrait porter la main sur toi, aller jusqu'au meurtre... j'en tremble des pieds à la tête... Que veux-tu 1... J'ai honte de ne pou\oir réagir contre cet instinct, mais c'est comme si tu m'avais appelée... J'ai toute ma chair qui bondit... Je ne permettrai pas, je ne permettrai pas qu'on attente à ta vie 1... Je te le dis, c'est le cri de toute ma chair !...

ARM AU R Y

Tu m'as averti du danger ! Que de femmes s'en seraient remises à la fatalité, comme à un jugement céleste 1... tu n'es pas de celles-là... Cependant, je te demande le courage de ne plus penser à moi I je sais qu'il te faudra du courage... J'éprouverais une trop honteuse tristesse à être protégé par toi,Fanny... Tu di^ le cri de la chair ? Rappelle-toi alors nos paroles d'hier... je les juj^ais fort justes... Nous avions prononcé une séparation nécessaire, tu avais remis toi-même, à une échéance lointaine, le retour souhaité et possible.

i6o LA VIERGE FOLLE

FANNY, dans un grand geste désespéré.

C'est commode à dire !... On peut déclarer qu'un amour est frappé à mort, prononcer tous les arrêts que l'on voudra... oui, mais la séparation de la chair ne se fait pas aussi aisément!... Tu as tué notre amour vivant, d'un coup net, comme on coupe la tête d'une bête ; mais regai^de, les tronçons s'agitent... la chair remue encore... Non, non, l'amour ne meurt pas comme ça, tout de suite, Marcel... attends encore, attends encore un peu... Dis-toi, pour l'instant, que j'obéis à quelque chose de machinal... C'est nerveux probablement... Oh I du reste, je n'ai pas l'intention de te gêner, je vais passer la nuit éveillée, moitié dans ma chambre, moitié dans le corridor... Mais, demain, j'aurai avec ce garçon une explication et je te jure bien que je saurai lui faire réintégrer Paris et son Saint-Cyr !... A l'heure actuelle, il s'agit simplement de conjurer le coup, de le parer... (Depuis quelques instants, sans s^en apercevoir, elle joue avec une épingle d^écaille de Diane, que sa main a prise dans les coussins... Ses yeux tombent sur cette chose qu'elle a entre les doigts... Elle jette brusquement V épingle sur le tapis. Silence.) As-tu un A' erre d'eau, là ?... j'ai soif...

ARMAURY

Oui.

// va à la table. Quand il a apporté le verre rempli^ et pendant que Fanny boit, il fait habilement disparaître de la main un peignoir qui traînait et le jette dans la salle de bains. Elle voit le geste et dit :

FANNY

Ne te donne pas la peine, va î Je ne regarde rien !... Depuis que je suis entrée ici, c'est le tapis que je fixe... Je ne sens môme pas ce parfum de

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