ACTE QUATRIEME i6i
verveine, cette espèce de parfum de \eneine qui doit être le sien, qui a rempli toute la pièce... ARMAURY, résolument et comme agacé.
C'est pourtant au nom de ce seul sentiment-là ^ Fanny, que je te demande, et pour toi-même, de réintégrer ta chambre... c'est un sentiment de profonde décence...
FANNY
Ah 1 la décence I qu'est-ce que tu dis là !... Tiens, pose le verre...
ARMAURY
Tu as sommeil, tu es fatiguée...
FANNY
Mais oui, mais oui, je m'en vais... Ai-je ta promesse formelle que tu ne sortiras pas d'ici, avant demain midi ?
J'ai peur de promettre une lâcheté...
FANNY
Je t'en prie ! laissons les définitions de mots... promets... (Geste de Marcel.) Je ne demande pas autre chose...
ARMAURY
C'est fait 1
FANNY, se levant.
Bien ! Je te tiendrai au courant de la suite, soit par une lettre, soit par une dernière demande d'entrevue...
ARMAURY
Parfaitement. Reste dans ta chambre, Fanny, dors tranquille...
FANNY, qui^ d^un pas lent, se retire.
Dormir 1... (Elle entr ouvre la porte et la referme
•aussitôt.) Il faut que je sorte d'ici, l'électricité éteinte... Je vais me glisser sans bmiit dans le couloir... Il est nécessaire qu'il ne me rencontre pas ni ne reconnaisse ma silhouette... Je pense d'ailleurs qu'il se sera couché 1... Il a dû remettre à demain matin...
ARMAURY
Oh ! ta sollicitude a sûrement très exagéré... D'abord, dans un hôtel, des scandales de ce genre sont impratiques à réaliser... C'est un enfant, 'd'ailleurs...
Les enfants ! je suis payée maintenant pour savoir jusqu'où ils peuvent aller dans leurs résolutions !... Elles valent les nôtres, et au delà... Eteins, veux- tu... éteins l'électricité... (Il ne reste plus qu'une petite lampe... Fanny ouvre la porte du couloir, c'est une double porte comme les portes d'hôtel moderne. L'une intérieure est en bois, la seconde derrière est sapitonnée. Elle a donc poussé la seconde porte, et l'on aperçoit le couloir, au dehors, faiblement éclairé à cette •heure tardive. Elle s^ avance sur la pointe des pieds et, encapuchonnée de voile, elle écoute. Fanny, à voix basse). On marche dans le couloir. (Elle se rejette en arrière et 'laisse retomber la porte capitonnée.) Il est là, il est là, sûrement... J'entends quelqu'un qui marche, j'en étais sûre !... (Elle a reculé jusqu'à Marcel.) Ah ! que j'ai été bête ! je n'aurais pas dû ouvrir cette porte... Si c'est lui qui guette, il va se demander pourquoi cette porte vient de s'entr'ouvrir si myst ér ieusement . . .
ARMAURY
Mais non, rassure-toi, Fanny... C'est quelqu'un *de l'hôtel qui passait...