ACTE TROISIÈME i8i
BOUGUET
Ma femme, ma femme bien-aimée !... Comment peux-tu me demander cela ?
MA.DAME BOUGUET, éclatant.
Ah I Laurent, c'est que je t'aime tant ! Elle se précipite à genoux près du canapé. BOUGUET
Et je ne peux même pas aller à toi pour t'embrasser ! (Elle se lève et avec précaution lui donne plusieurs baisers sur le front.) Comme j'ai abimé ta vie !...
MADAME BOUGUET
N'emploie pas de pareils mots, Laurent... Rien n'est abîmé en nous, ou si peu... Pense à ta pauvre épaule blessée... qu'il faut guérir... que nous allons guérir tout doucement... à l'aise... loin des méchants I... On vient de me raconter ce duel 1... Tiens, j'aime mieux ne pas avoir su...
BOUGUET
Que tu es belle ! Et quel chagrin j'aurais eu à te quitter !... Je ne suis pas en danger, mais laissemoi'.te parler comme si je l'étais... si, laisse... pour le plaisir... pour le plaisir seulement !... Laisse-moi te dire comme on le ferait dans un testament, que ta bonté envers moi a passé toute expression... Tu as été un idéal et une influence. Peut-être seule n'aurais-tu pas fait ce que nous avons fait, c'est vrai, mais nos découvertes, nos recherches, tout ce qui est spirituel dans la vie est devenu, à tes côtés aussi simple, aussi naturel que la lumière du jour !...
MADAME BOUGUET, laissant couUr ses larmes Mon ami, mon époux.
BOUGUET
Je ne t'ai pas trompée, crois-moi. Il se peul que j'aie rêvé de plaisir quelquefois, car ma nature est brutale et grossière, mais, Jeanne, quelle lèvre méprisante j'ai posée sur ce qui n'était pas toi 1
MADAME BOUGUET
Laisse bien ta tête sur l'oreiller... Je ne veux pas que tu bouges... Ne parle pas...
BOUGUET
Assieds-toi... Regardons-nous longtemps, longtemps... Repasse toute ta jeunesse, toute ta vie dans mes yeux. Je repasserai la mienne dans les
tiens. (Ils se fixent ainsi pendant un très long temps.
les yeux humides.) Vois-tu, ma chérie, désormais, je n'aurai plus qu'une pensée, toi... toi seule I.., Ecoute bien... je ne suis pas en danger, c'est entendu... mais, à tout hasard... il peut toujours survenir un accident... il faut que je prenne toutes mes précautions, que je règle la situation...
MADAME BOUGUET
Laurent, ne pense pas à des choses vaines, ne te tourmente pas.
Hier, j'ai sommairement résumé mes instructions par écrit mais aucune allusion n'est faite à notre vie privée... Or, j'ai pris des résolutions.., Et que je guérisse vite, lentement ou pas, ces résolutions sont, tu l'entends, inébranlables. J^ veux les notifier aux intéressés, dès maintenant.., (S'animant.) Il faut que demain la face des choses soit changée ici... Songe, les journaux, le public la meute nous guettent !... Il faut nous tirer 2 tout prix de ce désarroi lamentable, hideux...