‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 123 sur 254 · ACTE TROISIÈME i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME i

MADAME BOUGUET

Je n'ai pas l'habitude de discuter tes ordres, tu le sais... quels qu'ils soient... Ces précautions sont exagérées, mais si elles peuvent t'apaiser... en effet... (Résolue.) Que faut-il faire ? Et qu'exigestu ? Je le ferai...

BOUGUET, açec intention.

Je veux ordonner moi-même. Et cela, dans un seul but : ton intérêt, ton bonheur.

Ils se taisent, un peu haletants.

MADAME BOUGUET, tout à COUp.

Ah I j'hésite à comprendre... Tu veux la revoir... elle ? Non, pas cela... pas cela... Laurent!... Ses yeux supplient, apeurés.

BOUGUET

Alors, c'est que tu n'as guère pénétré ma pensée

MADAME BOUGUET

Tu veux la revoir... elle 1

Il le faut. Tu peux te fier à moi. Elle est encore ici, n'est-ce pas ?...

MADAME BOUGUET, se ressaisissant.

Elle s'est enfermée. Elle attend nos déterminations, c'est vrai. Je les lui ai promises,

BOUGUET

Eh bien, il faut qu'elle vienne... et les entende de ma bouche...

MADAME BOUGUET

Oh ! à cet instant !... Elle, près de toi I... Quelle peine 1 Pourquoi maintenant ?... Tu as bien le temps !...

i84 LES FLAMBEAUX

BOUGUET

Non, les minutes sont comptées... J'en suis avare.

Elle se lève simplement, va à la cheminée et sonne.

MADAME BOUGUET

Après tout !... (Elle s^ approche du bureau et écrit un mot dans le silence. Le domestique entre.) Portez

ceci à Madame Blondel et introduisez-la ici directement.

// sort.

BOUGUET

Tu vas entendre les quelques mots que je dirai.

MADAME BOUGUET, avec dignité.

Non, Laurent, je ne les entendrai pas... Je m'en veux du sentiment inférieur qui m'agitait à l'instant... Je ne doute pas de toi... Ce que tu feras sera bien fait, ce que tu diras sera bien dit. Je n'ai même pas voulu connaître ce qu'avait été au juste cette femme dans ton existence, quelle part tu lui en avais donnée... Je la crois infime, mais, quand je me tromperais, je te répète que je m'inclinerais encore devant ta volonté sûrement loyale... Je vais aller rejoindre Pravielle, à côté. Je lui dirai que tu te reposes quelques instants et que tu souhaites ces minutes de sommeil avant de procéder à l'examen radiographique. Lorsque tu désireras m'appeler, tu n'auras qu'à frapper sur ce timbre. (Elle place une petite table près de lui.) Je reviendrai, et tu me retrouveras alors comme je serai sortie, sans curiosité, sans appréhension, et avec toute la déférence de l'amour. A tout à l'heure, mon chéri... (Elle se penche vers lui.) Tu ne souffres pas trop ? Ça ne

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