‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 13 sur 254 · ACTE PREMIER aj · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER aj

MARGELLE

Non, je ne cherchais pas un prétexte le moins du monde... J'ai à te parler.

MADAME BOUGUET

Pas maintenant, mon petit... Tu sais bien qu'il faut que j'aille retrouver ces messieurs et leur serrer la main.

MARCELLE

Ils peuvent attendre et se passeront de toi.

MADAME BOUGUET

Quelle mouche te pique ? Pourquoi ce ton impératif ?

MARCELLE

Je n'ai pas de ton impératif du tout... J'ai un ton impatienté peut-être.

MADAME BOUGUET

De quoi ? Ah ! bon... j'y suis !... la bourde de la petite ?... Dame ! nous sommes du même avis. Devant des personnalités comme celles qui sont présentes aujourd'hui, des enfantillages de ce genre sont regrettables. Elle a témoigné d'un zèle imbécile I II faudra la reléguer à des besognes de sa compétence et la limiter. Elle n'est pas forte, décidément.

Elle range les instruments.

MARCELLE

Pas forte ?... C'est toi qui le dis... Elle est peut-être la plus forte de nous trois... mais sur d'autre matière que sur la biologie. Là-dessus elle n'atteindra jamais le niveau d'un garçon de laboratoire...

N'est-ce pas toi-même qui as voulu, la première,

l'intéresser à ces matières, la protéger ? Tu l'as encouragée.

MARCELLE

J'assume ma part de responsabilité... Il y a maldonne, voilà tout...

MADAME BOUGUET

Elle avait une âme d'institutrice allemande. Elle restera puérile... C'est une femme-enfant.

MARCELLE

C'est une femme, un point, c'est tout. Etre une femme, ce n'est pas donné à tout le monde, sais-tu bien ?

MADAME BOUGUET

Ah bah ?

MARCELLE

Etre une femme, c'est un don, une qualité spéciale.

MADAME BOUGUET

Tu en as de bonnes ! Et tu dis cela en me jetant un regard de mépris supérieur !... C'est bien de ton âge... Morveuse 1 Allez... au cours 1 Enfile l'escalier I

MARCELLE

Je n'ai pas dit quelque chose d'extraordinaire... Tu n'es pas une femme, maman.

MADAME BOUGUET

Merci pour ta mère...

MARCELLE

Heureusement !... Tu es un être à part, une espèce de sainte laïque, un cerveau exceptionnel, que je vénère, que nous vénérons tous, mais, enfin, à force de vivre dans les idées démonstratives et dans les recherches, il y a mille choses de la vie courante qui t'échappent... C'est du reste très

Page 1