‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 131 sur 254 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MADAME BOUQUET

Ah I si VOUS me l'aviez tué !... Mais, heureusement, il est là, le cher époux, il est là... bien vivant... à peine touché... Vous avez mal visé, mon cher 1... C'est à refaire 1... Je le guérirai, je vous le garantis... et il triomphera de vous... de votre haine basse I...

BOUQUET

Jeanne... je me lève... prends garde ! Je me dresse.

MADAME BOUQUET

Là, j'ai fini 1... Seulement, je ne pouvais pas, je ne pouvais vraiment pas empêcher ce cri de sortir de ma poitrine I... Ne crains rien... maintenant... Parle-lui en toute paix... Il n'aura plus que mes deux yeux fixes pour le mépriser I...

Farouche, elle s'assied près de la chaise longue, dant une attitude de défi.

BOUQUET

Excuse-la... c'est une femme... Elle a eu beaucoup d'émotion.

Silence.

BLONDEL, est là, hébété. Une grande lutte intérieure se livre en lui. Tout à coup il balbutie, de loin.

Pardon... Pardon...

BOUQUET, avec un soupir d^aise.

Ah I je savais bien... je savais bien que tu aurais du chagrin.

MADAME BOUQUET

Du chagrin 1 Quel mot pour cette chose !

BLONDEL

Je ne sais plus et que j'éprouve, ce que je ressens... Je suis passé par dix ivresses différentes et affreuses. Et, tout à coup, te voir là... étendu...

par moi... Laurent... ça me paraît une vérité inconcevable... bouleversante... J'entends ta voix qui dit : « Mon vieux, mon vieux... » Tu me regardes et... Pardon ! Pardon !... Bouguet !

Il éclate en sanglots.

MADAME BOUGUET

Heureux encore que vous ne pleuriez pas un crime !

BOUGUET, très doux.

Tu vois, Jeanne... Il est dégrisé... alors, il souffre... Il comprend peut-être enfin que je n'ai pas été ce qu'il pensait... Il voit la vérité toute simple... Blondel, je t'aimais beaucoup, je te jure... J'ai cru bien faire. J'ai eu tort, sans doute... mais, depuis, tu aurais dû me croire... et ne pas accumuler l'irréparable... qui ne console pas !...

BLONDEL

Ah ! ne parle pas avec cette douceur cruelle I... Il ne s'agit plus de faire appel à une raison quelconque ! Tes torts, les miens, tes erreurs et peutêtre mes divagations, tout cela ne forme plus qu'un amas de cendre ou de boue... II n'y a qu'une chose qui compte... une seule qui soit... ce spectacle que j'ai là sous les yeux. Ce que jo vois devant moi, sur ce canapé, c'est vingt ans d'amitié, de confiance, de souvenir... (Açec empressement.) Donne-moi ta main, veux-tu ?... Donne !... Donne !

BOUQUET, lui tend sa main libre.

Ah ! si tu me l'avais demandée plus tôt, en serrant la tienne, j'aurais refréné cette impulsion d'instinct qui t'a emporté à la dérive !... Blondel, mon vieux, tu vois. Prends mesure sur cette

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