‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 141 sur 254 · ACTE PREMIER ai · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER ai

FRÉDÉRIQUE, rit.

Il est encourageant ! Ah ! il connaît la nature I ULRIC, à Villedieu.

L'écart de niveau était de deux mètres dix... De l'autre bout, vous vous rendrez compte... Tenez, venez voir.

Villedieu et Ulric montent les marches de la pergola et s'en vont par la droite.

FRÉDÉRIQUE, bas à Julien.

Suivez-les, ne restez pas ici.

JULIEN

Je veux vous parler... Il faut que je vous dise quelque chose que je n'ai pu vous dire ce matin 1...

Pourquoi n'ôtes-vous pas chez les Castel ? Pourquoi n'allez-vous pas chercher votre mère, puisqu'elles viennent prendre le thé toutes les trois ?

JULIEN

Parce que je désire avoir, je vous le répète, une conversation sérieuse avec vous, aujourd'hui même.

FRÉDÉRIQUE

Plus tard... allez...

MADAME DESROYER

Tenez, ma sœur, mettez-moi cette chaise au soleil.

LA SŒUR

Ah, vous avez froid, Madame, vous voyez bien I

Julien est parti par la pergola ; Madame Desroyer s'est levée pendant que la sœur dispose la chaise à droite ; elle s'approche de Frédérique.

ai4 LES SŒURS D'AMOUR

MADAME DESROYER

Fais attention.

FRÉDÉRIQUE

Ai-je été imprudente, par hasard ? Avez-vous peur que je me trahisse ?

MADAME DESROYER

Je ne sais pas au juste de quoi j'ai peur, mais, depuis quelque temps, je ne m'endors jamais tranquille... Il y a de la nervosité dans l'air... Surveille-toi.

FRÉDÉRIQUE

Qu'ai-je fait ?... Pourquoi ?... Personne ne se doute de rien ?... Pas plus maintenant que l'année dernière.

MADAME DESROYER, haussant les épaules.

Ma pauvre enfant 1 Jusqu'à cette sœur qui ricane un peu derrière toi... Qui sait même si la domesticité !...

FRÉDÉRIQUE, très simple.

Je ne fais rien de mal.

MADAME DESROYER

Bien sûr, mais je songe à tout ce qui peut arriver d'un moment à l'autre. Je t'en prie, pendant les quelques jours que ton mari va passer icf, sois stricte !... Je voudrais tant m'en aller de ce monde avec le sentiment que le cœur va bien, que tu es sortie de là !... Je désire tant qu'après moi tu ne te mettes pas à souffrir, ma fille chérie.

FRÉDÉRIQUE

Je suis heureuse. Je ne l'ai jamais été plus. C'est affreux à dire, n'est-ce pas ?

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