ACTE PREMIER a
ne m'avez pas communiqué ces sentiments supérieurs qui vous animent.
Il ne la regarde toujours pas.
FRÉDÉRIQUE
Allons, assez de mots embarrassés 1... De quoi s'agit-il ?
JULIEN, la tête dans ses mains.
Pardon !... Pardon !... Je ne pouvais plus... J'ai trop souffert... Je ne pouvais plus vivre cette vie sans espoir... Cette privation de vous... Je suis fiancé...
Le mot s'est échappé, voulu, rapide et terne, sans expression aucune. Silence.
FRÉDÉRIQUE, se reculant.
Quoi ?... je ne comprends pas... je...
JULIEN, alors il reprend, fiévreusement, ardemment.
Voilà Jdes mois et des mois que je vous supplie... il me fallait en finir, d'une façon ou d'une autre ! Puisque l'amour n'est pas possible, alors je me vends. Oui, je me vends, il n'y a pas d'autre terme, car c'est cela !... Je serai comme tout le monde, intéressé, médiocre, menteur... Ah 1 ce que je vais faire payer à la vie les mécomptes de ma jeunesse 1
FRÉDÉRIQUE, répétant en s^appuyant à la table, la voix blanche, les yeux fixes.
Quelle femme ?... Quelle est la femme ?...
JULIEN
Elle est ici même.
FRÉDÉRIQUE, elle a un tressaut de tout titre.
Alors, c'est vrai ? Ce n'est pas une épreuve ?... Mais qui ?
JULIEN, après une hésitation.
Mademoiselle Martin.
FRÉDÉRIQUE
Mademoiselle... (Elle n'achève pas.) Ah ! je comprends, je comprends tout !... la présence de votre mère, votre attitude... vos... (Elle s^ arrête.) Qu'est-ce que vous avez fait là ? Allez- vous-en 1 Allez-vous-en !...
Ce n'est qu'une sorte de gémissement^ tout bas, tout bas.
JULIEN
Frédérique !...
FRÉDÉRIQUE, elle demeure assommée, sans bouger, appuyée à la table. Ses lèvres balbutient.
Vous êtes un monstre !... Vous êtes un monstre I JULIEN, véhément et lui prenant le bras tout à coup.
Tenez, la voilà qui arrive 1... Elle est là, avec les Castel, votre mari... Une dernière fois, Frédérique, vous n'avez qu'un mot à dire... un mot... Promettez-moi que vous serez ma maîtresse... je vous en supplie... un jour... ma chérie, ma chérie... Promettez que vous vous donnez à moi, et je vous jure à l'instant, à rin«tant même, je romps et je lui dirai que je ne l'aime pas, que mon cœur est pris, que je l'ai donné pour toujours à une autre, que...
FRÉDÉRIQUE, de plus en plus lointaine.
Vous êtes un monstre 1...
JULIEN Frédérique 1 (Cette fois il lui prend violemment les deux mains, et, avec désespoir.) Vous ne VOyez pas que VOUS aurez fait notre malheur à tous les deux ! (Frédérique se maintient péniblement debout. Son visage exprime une angoisse effrayante, le menton tremble, Vœil