SCÈNE IX FRÉDÉRIQUE, JULIEN
FRÉDÉRIQUE, se jetant dans les bras de Julien.
Ah ! c'est bon de retrouver votre épaule I... Ah 1 c'est vous I... C'est vous !... c'est toi 1...
JULIEN
Mais que s'est-il passé ?... Qu'a-t-elle dit ?...
FRÉDÉRIQUE, dans ses bras, elle a une crise de détente.
Ah ! elle est méchante, votre mère 1... Je n'aurais jamais cru qu'elle essayerait de me faire autant de mal 1... Elle a voulu m'enlever ma confiance en vous, mon amour... Elle aurait pu me dire mille choses plus terribles, je les aurais acceptées, mais il n'est pas de crime plus vilain que celui d'atteindre la foi dans l'amour... Julien rassurez-moi, mon aimé. ..dites-moi que, malgré nos ennemis, on ne parviendra pas à nous séparer, à...
JULIEN, se dégageant et parlant lentement.
Il faut que je sois franc, Frédérique. Je ne suis pas l'homme que vous croyez... Je suis un lâche..* un malhonnête homme.
Il passe et va vers le banc au premier plan.
25a LES SŒURS D'AMOUR
FRÉDÉRIQUE
Un malhonnête homme ?... Vous ?... Allons donc !
JULIEN
Oui, j'ai la conscience très lourde, et depuis quelques jours, depuis près d'un mois, je me donne des atermoiements pour vous avouer une action aui va vous inspirer le dégoût de moi.
FRÉDÉRIQUE
Julien, qu'avez-vous fait ?... Vite, répondezmoi... Un malhonnête homme !... Comment !... Quoi ?... (Elle cherche.) Vous n'avez pas détourné d'argent... Vous ne vous êtes pas mis dans une situation scandaleuse... il faudrait me le dire...
JULIEN, sans la regarder.
Pas cela !...
FRÉDÉRIQUE, après un soupir de soulagement.
Tant mieux ! J'ai eu peur... Quoi que vous me réserviez, je respire !... Alors ?... Alors ? Pourquoi ce mot ? Ce n'est pas un malheur que vous m'annoncez, c'est une faute dont vous parlez même comme d'un crime. Le malheur, je vous dirais de suite que nous sommes deux à le partager.
Les mots sortent de sa bouche, craintivement retenu».
JULIEN, un pied sur le banc, loin d*elle.
Ma chère, ma grande, ma vraie amie !... Nous voici arrivés à un point de ma vie où il faut que je vous fasse une énorme peine ! Vous êtes toute délicatesse et toute âme, vous ne comprendrez pas cet égoïsme d'homme, et vous aurez raison de me mépriser comme vous allez le faire... Je ne suis pas un héros, Frédérique, je suis un parvenu, déplacé auprès d'un être de votre taille... Voua