ACTE DEUXIEME
MADAME BOCQUET, prenant la parole.
Non, Madame... En danger ?... Peut-être... mais nous ne sommes pas porteurs d'une funèbre nouvelle...
FRÉDÉRIQUE Tant mieux !... (Après ce soulagement elle reprend plus froide.) Alors, veuillez vous expliquer. J'attends.
Elle leur fait signe de s^asseoir.
BOCQUET, une fois assis.
Il faut en effet que la situation soit bien grave pour que nous ayons osé venir.
MADAME BOCQUET, surenchérit.
Il faut le malheur qui est sur la tête de Julien.
FRÉDÉRIQUE
Le malheur !... Quel malheur ?...
BOCQUET, éclatant.
Notre fils est perdu ! Perdu !... Vous voyez de pauvres parents désespérés !
Son accent est sincère. Sa voix peuple, mais plus délicate que celle de sa femme, est celle d'un homme en proie à une violente émotion et qui se' contraint.
FRÉDÉRIQUE
Vous venez cependant de dire vous-mêmes...
BOCQUET '
Matériellement, moralement perdu... Il a, en quelques mois, descendu la côte avec une rapidité foudroyante... Et demain, c'est affreux à dire, demain nous n'aurons plus d'enfant ?
FRÉDÉRIQUE
Plus d'enfant !... Voilà des termes bien équivoques... Que voulez-vous dire ? Il va se...
BOCQUET
Non ! pas cela ! Pas même 1... Mon fils n'a pas de ces résolutions héroïques... C'est un garçon plus dévoyé que cela !
FRÉDÉRIQUE
Expliquez-vous à la fin !...
MADAME BOCQUET
Oui... explique seul, mon ami, moi, je ne pourrais pas...
Silence.
BOCQUET, après s'être maîtrisée
Avant toute chose, il faut que vous soyez bien persuadée que Julien ignore complètement que nous sommes venus vous trouver... C'est à son insu... S'il le savait !... Mais que voulez-vous, nous sommes dans un tel état de désespoir !«• Vous vous êtes intéressée au garçon, autrefois ; il a été un peu l'enfant de la maison... Alors la détresse a été plus forte que tous les scrupules..,
FRÉDÉRIQUE
C'est bon, c'est bon, Monsieur, j 'attends !
BOCQUET
Il faut aussi que vous me fassiez une promesse... C'est que vous n'irez pas vous imaginer qu'en vous révélant l'effondrement matériel de Julien, nous avons je ne sais quelle vilaine arrièrepensée d'aide ou de secours.
J'avoue que cette idée ne me viendrait même pas !... Mais j'ajoute que votre probité m'est oonnue. Monsieur... C'est entendu, je vous le promets.