‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 196 sur 254 · ACTE DEUXIÈME agy · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME agy

JULIEN, V interrompant.

Je VOUS remercie d'y avoir pensé, mais c'est chimérique. Cet argent a besoin d'être versé ou plus exactement remboursé daiîs \ingt-quatre ou quarante-lîuit heures. Une fois la faillite prononcée, ou les livres soumis au syndic...

fRÉDÉRlQUE

Mais on trouve de Targent en quarante-hmi heures.

JULIETÏ

On le trouve quand c'est vous cfui le demandez., quand c'est vous qui l'offrez, car avouez votre générosité et votre mouvement spontanés ! C'est vous qui voulez m'avancer cette somme ? C'est vous qui voulez me sauver. Vous aurez beau éluder le mot, il faudra bien en venir là !... Je serai votre débiteur... Et voilà pourquoi c'est absolument inadmissible, et pourquoi je refuse !.^ Dans des situations désespérées, on a vu des gens accepter de l'argent de celles qui furent leurs maîtresses. L'acte est déjà laid, vil, mais deviendrait inqualifiable lorsqu'il s'agit d'une feimme q«i n'a pas été même votre maîtresse et dont on a causé le malheur !

FRÉDÉRIQUE, se montant, s'exaltant.

C'est plus beau que tout 1... Alors, pour un honneur de convention mcwale, chevaleresque s'il en fut, vous préférez faire le malheur de votre femme légitime après avoir fait, vous l'avouez, le mien ? Vous préférez atteindre vos parents dans leur vieillesse, avouer une escroquerie dont vous pourriez vous libérer du même coup, vous préférez l'exil de France, la honte, vous préférez perdre votre réputation à jamais, après avoir

forfait à tous vos serments I (Julien ponctue chaque phrase de : oui, oui énergiques.) Mais voilà... en balance, vous mettez un petit axiome d'honneur 1 « On ne reçoit pas d'argent d'une femme ! » La loi salique de l'honneur !... L'argent ! quelle convention I Ah ! parlons-en, en regard de ce que vous faites ! Laissez-moi hausser les épaules 1... Vous trouvez plus propre, alors, ce que vous avez commis ?... Vous trouvez mieux cette dernière tractation, la salissure dont vous pourriez, dont vous devez à tout prix vous laver ! Vous entendez, vous le devez, pour tous. Il faut sauver toutes vos victimes !

JULIEN

Il y a des fautes qui, socialement, sont très graves, Frédérique, qui entachent, si vous voulez, l'honneur commercial, mais laissent intact un honneur qui ne dépend que de notre propre conscience... Je ne veux pas de ce surcroit de dégradation.

FRÉDÉRIQUE

Répétez-le, que je l'entende ! L'argent que vous devriez à moi, serait un poids trop lourd pour votre conscience ?

JULIEN

Parfaitement !

FRÉDÉRIQUE

Plus lourd que celui de causer le malheur de cette créature que vous avez choisie pour femme.

Ah ! vous touchez le point sensible qui me bourrelé de remords.

FRÉDÉRIQUE, son visage proche du sien en le regardant bien dans les yeux.

Plus lourd aussi que ma peine, n'est-ce pas ?

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