ACTE DEUXIÈME
JULIEN, frémissant d'hésitation, puis résolu.
Oui, oui, oui, Frédérique !... Oui I... mille fois 1
FRÉDÉRIQUE, açec éclat.
Eh bien, alors, tant mieux !... Tant mieux ! A la bonne heure 1
• JULIEN
Comment ?
FRÉDÉRIQUE
Oui, tant mieux. Considérez-vous que vous avez contracté vis-à-vis de moi cette dette immense dont je parlais ? Je l'ai assez payée de mon désespoir I
JULIEN
Oh ! je le reconnais sans peine !
FRÉDÉRIQUE, fortement.
Eh bien, alors, Julien, c'est un devoir pour vous de l'acquitter cher, très cher... plus cher qu'à prix d'argent I Plus il vous sera difficile, insoutenable même, de me devoir à moi cette somme...
Elle me brûlerait à recevoir I C'est impossible ! Je proteste de tout l'être 1
FRÉDÉRIQUE, continuant avec flamme.
Plus elle vous brûlera, plus je serai satisfaite I... Oui, il faudra acquitter vite, vite, aussi vite que possible 1 Julien, on ne peut pas garder cela sur la conscience, je le reconnais I... Mais vous n'aurez qu'un but : réparer le mal et la nécessité où vous en êtes descendu, rembourser par le travail, effacer ce mauvais moment de votre vie. Je suis votre comptable et un comptable exigeant, je vous en avertis. Je serai un peu votre conscience... Vous vous acharnerez vers le devoir, un grand
3oo LES &ŒURS D'AMOUR
mot, un mot adioirable, que vous avez trop méconnu.
JULIEN
C'est justement pourquoi je ne peux pas le méconnaître davantage.
FRÉDÉRIQUE
Il ne s'agit plus de ces distinctions dont vous n'avez pas le loisir ! Il faut payer mesure complèfte î Nous sommes trop d'intépessés autour de vous! Se ne vous laisserai partir, JuKen, <pie lorsque vous m'aurez fait cette promesse, non pas seulement celle d'accepter une avance, ce n'est pas suffisant, mais celle de racheter tout en bloc !... en une seule fois I... de racheter vos mauvaises actions... Et alors, je vous jure qu'à mes yeux le marché sera léger!...
Et moi, je vous répète, Frédérique, encore, que je ne le puis pas ! Non !... Non !...
FRÉDÉRIQUE, continuant et se méprenant sur le sens de la négation.
Oh I rassurez-vous, je ne mets aucune condition à cette dette !... Je ne demande pas que vous rompiez avec Madame Tessier... Il ne s'agit pas de celai... Il ne s'agit pas d'un pareil renoncement, ni chez moi d'un sentiment de cet ordre, ae le pensez pas, surtout !... Je crois être en ce mjoment dans un domaine pathétique, celui des âmes. Il existe un amour plu» vaste, bien plus dégagé que celui que vous me supposez encore 1... Ah 1 la charité, la grande charité de l'amour, plus belle que l'amour lui-même ! L'amour d'autrefois est fini. Il se présente à moi sous une forme nouvelle, plus haute qu'autrefois, plus pure 1... Il jail-