ACTE DEUXIÈME 3o
FRÉDÉRIQUE
Chut !... Il ne faut plus parler ce langage-là.
Si, parce qu'ils brillent d'un tel éclat d'enthousiasme !
FRÉDÉRIQUE
Sans doute, parce que je suis plus heureuse qu'hier? Ah 1 rien ne peut être pire que le néant !... rien !... Quelle horreur que le néant !... Être utile, même souffrir pour quelqu'un, s'employer au bonheur des autres, mais faire quelque chose, enfin !... Vous vous rappelez, à la campagne, pour ne pas rester les mains inertes, je travaillais à faire de belles lessives blanches... Un de mes faibles... le linge blanc I...
JULIEN
Vous m'avez toujours ébloui de cette candeur... Heureuse femme d'être si aisément admirable !...
FRÉDÉRIQUE, avec un lourd soupir triste. Heureuse ? Evidemment... l'armoire en ordre, l'âme bien tenue... j'ai tout sacrifié à cela, mais cela ne donne pas non plus le bonheur 1 La porte du paradis est une porte étroite 1... Hélas!... je n'ai pas eu le bénéfice de mes vertus, Julien, je n'en ai même pas joui !... J'aurai été Marthe et Marie à la fois !... C'est trop.
JULIEN
Vous êtes une grande vertueuse. Vous communiquez toutes les énergies dès qu'on vous respire.
FRÉDÉRIQUE
Je suis une bonne méiiaigèTe\...(Iloa lui prendre la main comme pour Vembrasser.) Non... pas Ce geste... je n'accepte rien qui vous diminue !... Une poignée de main, Julien, solide, lovale, d'homme à
Jo6 LES. SŒURS D'AMOUR
homme. (Ils se serrent le» mains. Elle a, de nouveau, les yeux humides.}. Allez- VOUS- en, tenez, allez- vous-en vite 1 (Il sort rapidement d'un trait. Elle reste les deux mains sur les yeux quelques instants. Puis elle découvre un visage métamorphosé^ joyeux, jeune, vivant. Elle reprend haleine, elle va à la porte de droite et appelle à voix haute et claire.) Thérèse ! Viens vite !