SCÈNE III Les mêmes, JULIEN
MERCEREAU
Le voilà !
JULIEN, très gaL
Tiens, je te retrouve là, Mercereau. Je te trouve partout ! Demain, je te trouverai dans mon chocolat du matin !...
MERCEREAU
Voilà comment on est reçu 1 Quel ingrat votre mari I^. A-t-il l'air heureux, l'animal I
ÉVELINE
Emhrasse-moi ! i! paraît que c'est im triomphe sur toute la ligne.
Ça n'a pas été mal, je crois... Très gentil... Bon accueil !...
SVELINS
Pourquoi n'es-tu pas venu déjeuner ? On aurait sablé la camomille en ton honneur.
JULIEN
Je suis parti avec Lehmann... On a mâchonné le cigare ensemble.
ÉVELINE
Comment avec Lehmann ? C'est Mercereau qui Ta accompagné ?
MERCEREAU
Oui, justement j'étais venu te dire que...
JULLEN, faisant un signe à Mercereau.
Je suis parti avec André Lehmann... André...
le frère... Oui, il était là aussi... Il attendait son frère... Il m'a conduit jusqu'à son hôtel et je ne pouvais pas refuser à déjeuner... Je suis abruti !... Je n'ai même pas pris mon café.
ÉVELINE
Oh ! Tu n'as pas pris ton café ?... C'est indigne 1 Une maison où on n'offre pas le café !... Ces Lehmann, voyez-moi ça ! Quels pignoufs 1 J'espère qu'il en reste une tasse.
MERCEREAU
Allons 1 on va te servir, grand homme !... Un café pour Monsieur, un ! Tiens, ça me rappelle l'atelier... les déjeuners au « Vieux Satyre » ! Tu étais déjà le beau Julien, mais tu n'avais tout de même pas alors cette belle prestance, ce chic, ni une jaquette aussi bien coupée !...
JULIEN
Du café, mon vieux, du café 1
Eveline est allée chercher le café dans la salle à mari' ger, suivie de Mercereau.
FRÉDÉRIQUE, rangeant la table et bas à Julien.
Beaucoup de mensonges, trop !... Une autre qu'elle eût déjà compris 1
JULIEN, exalté.
Regardez-moi, Frédérique... Savez- vous ce que je viens de faire ? Je viens d'épurer ma vie 1 Je m'étais donné ce jour comme le dernier de ma lâcheté 1 J'ai été féroce, cruel, mais cela ne m'a rien coûté !... En sortant, je sifflais de joie 1... Ouf !... C'est fini !... fini !... Je suis plus léger.
FRÉDÉRIQUE, les yeux baissés.
Tant mieux, Julien, si vous devenez un honnête homme !... Tant mieux si vous retournez à