ACTE tTROISlÈME 36i
JULIEN
Non pas ! J'irai seul !... Je prends les rênes de notre vie !... Vous m'avez converti au courage, au sentiment des responsabilités. Vous m'avez fait celui-là qui ose... qui veut... et qui...
LE DOMESTIQUE, brusquement.
Monsieur Ulric est là.
JULIEN
Bien ! Vous l'avez fait entrer ? (Il désigne la
porte de droite.) J'y vais.
Le domestique sort, Julien se dirige vers la porte du salon.
FRÉDÉRIQUE, appelant tout bas.
Julien, Julien 1 Je vous en supplie... Laissez moi !... Attendez ! attendez encore !...
A partir de cet instant ce n^est plus qu'un colloque à voix étouffée, un chuchotement agité.
JULIEN
Ne vous interposez plus ! Laissez ces deux hommes disputer de votre vie 1 Je vous défends d'ouvrir cette porte entendez-vous pendant que je serai là!... Je vous le défends... J'ai charge d'âme, maintenant.
FRÉDÉRIQUE
Mais c'est inique, abominable !... Je suis devenue la proie des autres, une loque entre toutes vos mains 1...
JULIEN
Frédérique, le bonheur 1 Plus que lui 1 Le bonheur gagné!... Enfin!
// la repousse. Au moment d* ouvrir il se retourne vers
36a LESJ SŒURS [D'AMOUR
Frédérique écrasée de peur, subjuguée par cette mâle autorité ; tendrement il la relève, la presse sur son cœur et Vembrasse avec émotion.
FRÉDÉRIQUE, à bout d'effroi et de résistance.
Julien !...
JULIEN
Ma femme... De toute mon âme, de toute la force de ma tendresse et de mon secours... et pour toujours... ma femme !...
Il l'enveloppe de ses bras, dans une grande étreinte de pitié et d'amour, puis se dirige vers la porte. Il l'ouvre lentement, entre et referme, pendant que Frédérique recule jusqu'au fond de la pièce, les mains aux oreilles comme pour ne pas entendre le bruit d'une catastrophe.
RIDEAU