‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 245 sur 254 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

JULIEN

On a réquisitionné les lampes et les bougies... J'ai un peu honte de vous introduire dans cette ferme humide et délabrée, mais c'est vous qui l'avez exigé !... Habituée à tant de luxe, à votre château, aux délicatesses du home, vous allez être choqpiée, attristée de cette misère...

Il a posé la lampe sur la table ronde du milieu. FRÉDÉRIQUE

Mais non, je suis très heureuse, Julien, de me sentir ici... dans ce pays qui vous a formé 1... je tenais à connaître la source de vous-même... De la diligence, je regardais ces vallées tortueuses. Je comprends mieux certains atavismes en vous... Le pays vous ressemble... agité, sommaire... et pourtant sans méchanceté... Je suis attendrie à l'idée que vos premières années se sont passées ici, que vos yeux d'enfant se sont portés sur tous ces objets...

JULIEN

Mon père était capitaine au long cours... La maison est pleine de ses souvenirs exotiques...

FRÉDÉRIQUE

Pour la première fois depuis quinze jours, vous me croirez, Julien, je respire à l'aise... Je ne me sens plus la prisonnière.

JULIEN

Quelle affligeante expression ! Passe pour les trois premiers jours, dans la chambre d'hôtel en plein Paris, tout ce temps où j'ai séché vos larmes, calmé vos désespoirs... Ce n'était pas gai, je le

reconnais, de vivre cloîtrés dans un hôtel avec la sensation qu'au dehors s'agitaient tant de drames provoqués !,.. (Gaiement.) Et, du reste, j'accepte cette expression de prisonnière ! Je ne déteste pas vous avoir capturée et conquise !... Vous voyez, Frédérique, maintenant comme j'ai bien fait de vous chambrer malgré vos terreurs, vos battements d'ailes... Qui sait ce qui serait arrivé !... Où seriez-vous ? Nous avons écouté l'écroulement se faire derrière nous, un peu comme des complices qui tendent l'oreille au bruit de leur méfait. A présent les ruines sont calmes !... Il n'y a plus que le bonheur qui se lève comme je l'avais prévu... J'ai envie de courir, de chanter, de vous faire fête par toute la maison !

Vous êtes jeune I...

JULIEN

Bah ! pourquoi ne serais-je pas gai et fou de joie ! En somme, je crois que tout le monde a éprouvé le minimum de souffrance souhaitable... Votre mari a supporté avec orgueil et je le reconnais, avec une certaine hauteur, cette séparation qui aurait pu entraîner des péripéties beaucoup plus navrantes...

FRÉDÉRIQUE

Vous voilà encore parti dans vos estimations I

JULIEN

Quant à Eveline, la dernière lettre de Mademoiselle Castel indiquait que, confinée dans ce courage brusque qu'on lui connaît et...

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