ACTE QUATRIÈME
dans un sentiment de gêne que Vheure soit arrivée et ne puisse plus être reculée. Il V embrasse sur la nuque.
JULIEN
N'ayez pas honte, mon amour... Nous n'allons rien offenser ! Toutes les étreintes sincères sont belles !,.. Pourquoi en avez-vous si longtemps douté ? A l'instant même avant que vous entriez, j'ai été enveloppé par deux bras... ceux de ma vieille nourrice maintenant aveugle... Ses pauvres mains de paysanne cherchaient à i^econnaitre l'enfant qu'elle avait tenu dans ses bras ; elle ne me voyait pas, mais je la sentais heureuse de me presser si grand, si fort, si robuste... Et cette étreinte, au seuil de la maison, au moment où vous alliez pénétrer, m'a paru — ne souriez pas — comme une espèce de bénédiction involontaire.
Je ne souris pas ! Je l'ai vue, en effet, tout à l'heure, votre première servante d'amour... Julien !... Ah ! non, je n'ai pas envie de sourire ! Jamais vous ne m'avez parlé si doucement... Jamais vous n'avez trouvé des mots plus tendres, plus choisis... Julien. Je ne vous connaissais même pas ce langage I... Vous êtes autre... comme je vous espérais...
On frappe à la porte.
JULIEN Qu'est-ce que c'est ?
ROZENNE, entrant,
La diligence de Loc-Maria, Monsieur Julien... Il y a le panier.
JULIEN
Entrez, entrez... Pose-le sur la table.
FRÉDÉRIQUE
De quoi s*agit-il ?
JULIEN
Des fleurs que j'avais commandées à Morlaix. J'avais peur que le pauvre petit jardin fût saccagé ou défleuri... Je voulais quelques gaietés dans la maison.
FRÉDÉRIQUK
Pourquoi avez-vous renié les fleurs paysannes ?
On va même les remplacer.
ROZENNE
Il y a aussi le courrier, Monsieur... deux dépêches...
JULIEN, vivement.
Donne ! (A Rozenne.) Maintenant, toi et Anna, allez vous coucher. J'éteindrai au salon et dans la cuisine... Tiens, tu remettras cela au cocher 1
(Rozenne sort de la chambre. A Frédérique.) La vôtre et la mienne ! (Ils Usent silencieusement la dépêche
près de la lampe.) Rien de particulier ?
FRÉDÉRIQUE
Non... Les enfants... Lisez !... Ils me croient encore à Paris. J'avais donné l'ordre à l'hôtel qu'on m'expédie télégraphiquement les dépêches.. Je vous l'avais dit, n'est-ce pas ?