ACTE QUATRIÈME
éteintes, à droite de la maison, naturellement,., de ce côté...
FRÉDÉRIQUE
Vous croyez qu'il ne peut vous avoir entendu ?
BOCQUET, montrant la clef.
Impossible!... J'ai l'habitude de la serrure.
FRÉDÉRIQUE
Les domestiques sont couchés, je crois ?
BOCQUET
Oui, j'ai vu de la lumière là-haut, dans la chambre des vieux.
FRÉDÉRIQUE
Attendez que je ferme, par prudence, cette porte à clef.
Elle ferme la porte par où est sorti Julien.
BOCQUET
Alors, Madame ?
Silence.
FRÉDÉRIQUE, faiblemerU.
Oui.
BOCQUET
Vous avez bien réfléchi ?... Vous n'avez pas changé d'idée ?
FRÉDÉRIQUE, secouant la t^e
Non, Monsieur, non 1
38o LES SŒURS D'AMOUR
BOCQUET
Et VOUS êtes sûre que vous ne le regretterez pas ?
Sans répondre à la question elle sort une lettre de son sac qu'elle tend à Monsieur Bocquet.
FRÉDÉRIQUE
Voici la lettre de mon mari.
Un temps. Il lit au-dessus de la lampe.
BOCQUET
Évidemment !
FRÉDÉRIQUE
Oh ! c'est sa manière... c'est net, c'est froid I... Ce qu'il m'offre, c'est la vie grise, morne, sèche, sans espoir !... Vous voyez, il n'est question que des enfants !... Et, d'ailleurs, de quoi voulez-vous qu'il soit question ?
BOCQUET
C'est évidemment la raison principale, la meilleure ! Peut-être la seule.
FRÉDÉRIQUE
La seule ? Oh ! non. Monsieur !... A mon âge... à mon âge, voyons, c'était impossible !... Regardez mes cheveux blanchissants !... Allez, c'est déjà beaucoup pour moi d'avoir été aimée sans avoir rien réalisé ! C'est un doux souvenir qui me servira à me cacher mon amertume, ma vieillesse... Il me faut ça, d'ailleurs, car quelle sera ma vie, désormais, à côté de ce mari lassé qui regardera mourir en moi, par devoir, un amour qu'il avait ignoré ?