‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 252 sur 254 · ACTE QUATRIÈME 38î · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME 38î

BOCQUET

Vous aurez vos enfants !

FRÉDÉRIQUE

C'est vrai, ils ne sont pas encore à l'âge de l'ingratitude I

BOCQUET

Encore une fois, Madame, avez-vous bien réfléchi ?... Le bonheur de Julien eût été là !... Ah ! j'en réponds 1... Et il va beaucoup souffrir... Au moment même où il croyait atteindre le but de tous ses espoirs...

FRÉDÉRIQUB

Ne dites pas cela 1 ne dites pas cela 1 J'aurais tellement voulu le rendre heureux I... Et c'est moi, moi-même, qui ai tout fait pour le sauver, moi qui vais l'abandonner ainsi... être si cruelle... si décevante !...Mais c'était impossiblejMonsieur!... Voyons ! Il ne faut pas qu'une histoire comme la nôtre ait été gâchée en sa fin. A quoi servirait de m'ôtre conservée pure, intacte, pendant tant d'années, avoir lutté si désespérément, pour abîmer tout cela à l'heure de la vieillesse, du départ !... Ah 1 je vous certifie bien que, si j'avais seulement quinze ans de moins, j'aurais eu tous les courages !... Trop tard maintenant ! Je m'en rends compte, je l'ai d'abord espéré de moimême, j'ai obéi à Julien... mais un respect de moi... oh ! égoïste... m'interdit d'affronter la honte qui m'attendrait demain. Voyons,Monsieur, les gens riraient !... Et puis. Monsieur, je suis croyante... et un divorce... avec une pareille différence d'âge... et des enfants I... Tout ce que

j'insulterais de raisonnable et de sacré !... On me montrerait du doigt !... Comme on aurait raison !... Folie, vous dis- je ! Et quand bien même je supporterais ce reniement de moi, quel avenir ? (Elle secoue la tête.) Non, il faut que cette dame s'en aille emportant sa vertu qui peut paraître inutile et un peu ridicule... C'est le dernier soir... Seulement, si j'ai voulu venir ici, si loin, pour l'abandonner, pauvre petit, dites-lui bien qu'il n'y a pas eu comédie de ma part, pas de cruauté calculée... Il fallait mettre de l'espace tout de suite entre nous, qu'il ne se lançât pas à ma poursuite dès le lendemain... et puis, j'ai voulu qu'il eût les bras de son père... l'atmosphère de l'enfance... sa chambre, les meubles... Je connais ça, c'est apaisant !... Il ne se sentira pas tout seul ainsi auprès de vous et au milieu des choses familières... Tandis que moi je serai dans le train à grelotter, lui entendra avec douceur, malgré tout, les bruits du matin qui auront l'air de lui dire tristement bonjour... le cri du coq, la rue du village... Alors il comprendra ma pensée et me trouvera moins cruelle !... Mais comme il va souffrir, tout de même, mon pauvre petit Julien !... Quelle nuit vous allez passer tous deux I... (Elle sanglote.) Songez qu'il est là à deux pas et que je ne reversai plus jamais, jamais son visage !... (Elle se lève.) Où est mon chapeau ?

BOCQUET

Vos mains tremblent.

FRÉDÉRIQUE Et mon manteau. (Pendant qu'il lut met le manteau.) Est-ce qu'il n'a pas appelé ?

BOCQUET

Oui, oui 1

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