‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 254 sur 254 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

BOCQUET

Tenez, Madame, à deux cents mètres à peu près... à droite, au bout du village. Je vais vous indiquer... Une fois sortie, vous tournerez à droite... Vous serez à Morlaix dans une heure... Vous aurez une vingtaine de minutes à attendre le train de nuit, pas plus.

FRÉDÉRIQUE

Merci, Monsieur.

BOCQUET

J'ai laissé la porte d'entrée ouverte... Ne la refermez pas, c'est inutile.

Et je vous recommande bien... de la douceur, beaucoup de précaution !...

BOCQUET

Et de la fermeté.

FRÉDÉRIQUE

Aussi, Monsieur, aussi !... C'est cela ! (Elle ça partir. Elle jette un dernier coup d'oeil vers la porte par oà est sorti Julien. Son regard en passant se pose sur le case de fleurs. Elle hésite à cause de la présence du père, puis tout de même elle cède à la tentation gui vient de V effleurer. Elle prend les roses dans ses bras et les dépose sur le lit. Elle ne les éparpille pas. Elle les dépose presque pieusement comme sur un lit mortuaire. Cela fait, voûtée par les sanglots, elle m.onte les marches et entr^ouvre la porte. Du haut de V escalier^ elle se retourne vers Bocquet.)

Vous lui répéterez textuellement ceci, retenez-le : « Elle m'a dit de te dire qu'il faut que tu aies beaucoup de courage, afin d'être un jour heu-

reux... qu'elle t'a aimé plus que tout au monde... et qu'elle te demande pardon... de n'avoir pu t'accompagner jusqu'au bout du voyage ! »

BOCQUET, qui, du bas de Vescalier, a écouté et répété à voix basse chaque membre de phrase.

Je le lui dirai mot pour mot.

FRÉDÉRIQUE

Ah 1 j'ai le cœur qui bat, qui bat !... Voyezvous, il me semble, quand je vais fermer cette porte, que ce sera son dernier battement !... (Un doigt sur la bouche.) Et de la douceur, n'est-ce pas ?... de la douceur...

Elle referme la porte. Elle est partie.

BOCQUET demeure immobile. Il écoute les bruits extérieurs, puis il va à la fenêtre, se penche pour la regarder s'en aller. Il fait un geste d'adieu. Quand il s^est assuré qu^il n'y a plus personne sur la route, il referme les battants. On entend le piano. Un temps se passe. Bocguet se défait de son pardessus qu'il jette sur un meuble. Il va à la porte de gauche, V ouvre et appelle d'une voix haute, énergique.

Julien ! Julien 1...

Il redescend vers le milieu de la pièce, postéfdans une attitude ferme et grave. Le piano a cessé brusquement.

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