ACTE QUATRIÈME
FRÉDÉRIQUE
Il s'impatiente !
BOCQUET
Répondez-lui... c'est plus prudent !
Elle avance prudemment et parle, la porte à peine entr'' ouverte.
FRÉDÉRIQUE
Qu'y a-t-il ?... Je ne vous entends plus jouer... (EUe revient,) Oh ! voilà qu'il s'en va sagement Tenez, écoutez son pas... comme un écolier... Et surtout n'allez pas lui dire de mal de moi pour le consoler !... Rien que du bien, parce que c'est très dur, vous savez, ce que je fais là.. .C'est dur !...
EUe ne peut pas retenir son désespoir. BOCQUET
Comment voulez-vous que je lui dise du mal de vous... moi qui humblement vous remercie de tout ce que vous avez fait pour lui. Madame ?
FRÉDÉRIQUE, avec une énergie farouche.
Oui, n'est-ce pas ?... Dites-moi que je l'ai sauvé tout de même 1 Dites-le-moi, j'en ai besoin, dites-le-moi pour étouffer le remords de m'être refusée à lui, — moi qui lui aurais tout donné, tout, et qui préfère m'enfuir, intacte, sachant bien que, demain, je ne partirais plus, si je n'avais pas la force, ce soir, de m'arracher à ses bras 1... Dites que je lui ai été utile, nécessaire, malgré tout, que, de cet enfant au cerveau malade, j'ai fait un homme maintenant !...«: Plus de tache dans sa vie... Il a la route devant lui I... Ah 1 il a
fallu saper beaucoup de branches I... Mais ça donnera... L'arbre repartira... de la cime 1
BOCQUET
Oui, Madame, vous vous êtes occupée d'un enfant et vous me rendez un homme, comme vous dites !... Pour qu'il le devienne tout à fait, il lui manquait la douleur : la voici, elle arrive, terrible., araère... Mais, après ce baptême, je vous garantis, et j'en réponds, il se relèvera plus fort, plus retrempé, il travaillera, il deviendra quelqu'un... il l'est déjà I Moi, Madame, je vous bénirai toujours 1...
Et plus tard, quand il sera consolé... car il se consolera... il est très jeune... il fondera un autre foyer... c'est fatal... il sera encore aimé... il sera heureux... vous voyez,j'ai la force de le souhaiter... alors moi, je serai toute seule, toute vieille... j'assisterai de loin à cette métamorphose... Elle ne l'aimera pas autant que j'ai pu l'aimer, parce que ça c'est impossible 1... Oh ! oui, c'est impossible !... Mais ce sera une consolation pour moi de savoir qu'il est heureux, même avec une autre que moi. Je vivrai avec cette idée et ce souvenir, jusqu'à l'heure terrible où les yeux se ferment, jusqu'à ce jour où il recevra, dans des années, une petite lettre de deuil qu'il ouvrira et qui lui apprendra qu'une âme est partie en pensant à lui. Car vous lui direz cela : «Au dernier moment, c'est son image qui sera devant mes yeux... c'est son nom que je prononcerai, je le lui promets : Julien 1 Julien 1... (Monsieur Boc quel s'avance vers Frédérique et lui embrasse la main.) Au revoir I Monsieur, ou plutôt adieu 1... Alors, l'auto...