ACTE PREMIER
d'illusion», mon enfant... c'est l'heure, c'est l'heure... Il va falloir prendre un parti.
EDWIGE
Mais, c'est atroce, simplement atroce !
BOUGUET
Des choses trop grandes sont en jeu pour hésiter. Il ne faut même pas tarder, car, parvenus à ce point, les bavardages vont s'aggraver... Je connais ces phases-là... Edwige, arme-toi, non de courage» mais de ferme et douce résolution.
EDWIGE
Mais je ne peux pas !... Je ne suis pas préparée moi 1... Je ne pourrai jamais supporter ce coup, maitre... Songez donc... vous êtes tout pour moi... Vous régnez sur ma vie, sur mes plus petits instants... Je n'ai en moi que votre pensée... Que pourrais-je faire, privée de ce soleil ?...
BOUGUET
Oh ! de ce soleil !... Mais, tiens, en me servant de ton image, je dirai que tu as vécu dans un plan trop rapproché de ce soleil... C'est comme pour le germe : trop près du foyer qui l'illumine, il se brûle au lieu d'éclore... Tant pis ! Trop tard !... C'est ma faute, à moi, d'avoir autorisé ce rapprochement et supprimé les distances nécessaires...
Oui, tant pis, comme vous dites ! Car j'ai vécu de cette chaleur-là deux années d'un bonheur dont vous ne pouvez pas même vous douter. La journée commençait trop tard pour moi !... Mon Dieu, que j'ai été heureuse ici !... C'est mon bonheur qui m'a empêchée de profiter plus de votre enseignement, tant j'étais préoccupée de le savourer. Mais, même maladroite, il me semblait
que ma maladresse me faisait plus humble à vos côtés. Cette joie de l'humilité, mais c'était toute ma vie, tout mon avenir !... Et voilà... fini tout à coup !... Il me semble que je suis déjà malheureuse depuis des années.
Elle fond en sanglots.
BOUQUET
Je te laisse pleurer, puisque toute larme soulage, mais je ne vois pas du tout les choses de la sorte. Rien n'est perdu, au contraire... La vie s'inaugure pour toi si ce mariage est possible. Mais voilà, est-il possible ?...
EDWIGE, sursautant.
Quoi ?... Vous... c'est vous qui dites cela ?
BOUGUET
Pourquoi pas ?... Crois-tu que ce soit d'aujourd'hui que j'aie songé à ce mariage ?... En voyant l'affection de Blondel grandir au fur et à mesure, j'y avais souvent pensé. Je me disais avec amertume : quel dommage pour cette petite 1 C'était la vérité pour elle !...
EDWIGE
Vous, vous, qui me dites cela. Faut-il que vous m'ayez peu aimée tout de même et que je ne sois rien dans votre vie !... C'est désespérant... tenez 1
BOUGUET
Mais, au contraire, c'est parce que je te porte une affection très certaine que j'envisage ton avenir pratiquement. Tu n'es pas un être dédaignable. Tu mérites de devenir heureuse. Je vois une chance harmonieuse se lever sur ta vie... Je me range à l'opinion de ceux qui souhaitent pour toi ce mariage. Evidemment, tout à l'heure, quand ma femme a posé ce dilemme, ton mariage ou ton