ACTE PREMIER 8i
tête, je n'y pensais même pas î Et note que je ne t'en faisais aucun blâme, Laurent, non... aucun... tu aurais parfaitement pu avoir une curiosité, dame I Je me bornais à éloigner de moi toute pensée d'affection ou de rapprochement possible. Mais maintenant, tu viens d'ouvrir une fenêtre en moi... c'est de l'air qui entre.
Il parait radieux, BOUGUET, avec un grand trouble.
Pourtant, si j'ai bien compris tout à Theore ta profession de foi, tu n'attaches pas à l'acte physique une importance primordiale ? Tu m'as dit que tu l'acceptais avec la tache de son passé...
BLONDEL
Ah I ça, c'est tout autre chose ! Tu es bon l
BOUGUET
Tu trouves ?
BLOI«iDEL
Tiens, parbleu !
Mais, cependant, Blondel, tu viens de soulever une objection à mes yeux cent fois plus grave ! Tu viens de dire : elle a pour toi une affection passionnée. Tu as employé même, je crois, le mot ! Et cela voulait me faire entendre : « Tu es son maitre, tu pèseras sur cette imagination longtemps encore de tout le poids de ton influence. » Eh bien, c'est cela qui pourrait légitimement t'inquiéter, Blondel !... Voilà la marque, l'empreinte réeJle,.. mille fois plus importante, si elle se présentait, que ne l'eût été un caprice des sens I
BLONDEL, V interrompant.
Ah 1 par exemple I Mais ça n'a aucun rapport I Aucun. Qu'elle garde son affection pour toi, même
8a LES FLAMBEAUX
son admiration exaltée à ton égard, qu'importe ! c'est trop naturel ! Je n'en serais pas jaloux. J'en ferais mon affaire !... (S^ approchant de lui avec tendresse.) Est-ce qu'on ne doit pas t'admirer ?... N'est-il pas légitime qu'on t'aime ?... N'avonsnous pas tous un fétichisme pour le grand homme que tu es. Tandis que si elle t'avait appartenu... si...
BOUGUET, lui posant la main sur Vépaule.
Mais, l'acte physique, Blondel... ce n'est rien I
BLONDEL
Mais c'est tout 1... c'est tout !...
BOUGUET, poussant une exclamation étouffée.
Quels abîmes peuvent séparer deux êtres qui vivent côte à côte, du même travail, du problème de la recherche identique !
Bouguet, écoute. Je comprends ton scrupule. Il est exquis. J'apprécie la délicatesse de ta réserve ; oui, tu veux me faire comprendre, par un excès de précaution, qu'il existe certaines possessions intellectuelles, des influences morales, qui ont une importance presque égale à une possession physique, et tu redoutes, si j'épouse cette enfant (et rien n'est moins sûr que cette hypothèse), que je puisse me sentir atteint dans l'avenir par cette influence. Tu t'abuses. Si Edwige devient un jour ma femme, et je le répète, c'est infiniment douteux, je serai heureux et fier que tu gardes sur elle ton autorité et qu'elle conserve le culte même ardent qu'elle a pour toi. Quoi que tu en dises, il n'y a pas de comparaison possible ! Elle n'a pas été tienne et ce serait à moi, dès lors, de savoir me faire aimer. C'est une tâche, mais pleine d'attraits... Si je n'y réussissais pas.