ACTE PREMIER
MADAME BOUGUET
Merci, Cormeaux. Il n'y a pas de plus joli geste que celui d'apporter des fleurs à une joie ou à un bonheur, merci, merci !
Ulf ÉLÈVE
Les voilà tous dans le couloir. Empêchez-les d'entrer.
Pendant qu'on ferme tout au fond, la porte de Vantichambre qui donne sur le couloir. Madame Douguet, qui s^est détachée du groupe, appelle Blondel.
MADAME BOUGUET
Tenez, Blondel... Dépêchez-vous, grand enfant, dites-lui un mot...
En s'éloignant, elle jette à Edwige le bouquet de violettes qu^on vient de lui donner.
BLONDEL, s'approchant d'Edwige, très ému.
Edwige, je n'aurais jamais osé espérer une joie aussi subite, ni aussi grande. Je ne peux vous dire mon émotion, n'ayant même pas eu encore l'occasion de vous dire mon infinie tendresse, et c'est ime chose admirable que de recevoir une récompense pareille avant même de l'avoir souhaitée.
EDWIGE
Merci, Monsieur Blondel...
BOUGUET, qui de loin, dans la seconde entrée, causait avec le groupe, se détache et revient visiblement exprès.
Blondel, veux-tu leur dire de m'attendre un instant ? nous allons à l'amphithéâtre. Deux mots auparavant à dire à ma femme. (Blondel remonte et Edwige s'éloigne. On voit Blondel haranguer au loin le groupe pressé des étudiants. Bouguet entraine sa femme dans un coin.) Jeanne... Je^veux te dire...
MADAME BOUGUET, l'interrompant.
Embrasse-moi... C'est moi qui veux te deman-
ga LES FLAMBEAUX
der profondément pardon d'avoir douté de toi une seconde, même une seconde, Laurent. Je suis ineiïablement heureuse, aujourd'hui... et quelle honte j'éprouve de mon soupçon de tout à l'heure!. Jamais je n'ai senti la beauté de notre union comme aujourd'hui où, d'une part, elle est acclamée, et, de l'autre, on voulait la ternir... Comme je t'aime mieux... et plus fort !
BOUQUET, à voix étouffée
Et comme je te vénère !
MADAME BOUQUET, essuie brusquement une larme et se retournant»
Regarde-les... ce sont de vrais enfants. Tu vois, ils n'osent même pas se parler. Edwige ! Blondel I Venez ici ! Fermez la porte... (Blondel ferme définitivement la porte du couloir, sur les élèves assemblés, et s^avance, seul, gêné, avec Edwige Hervé reste au fond à maintenir la porte.) Allons, mes enfants, regardons-nous bien en face, et vous, Blondel, ne souriez pas ironiquement de mon émotion. D'ailleurs, nous n'avons pas envie de sourire. C'est trèsbeau... c'est très bien qu'une telle journée puisse avoir lieu. Je ne vous souhaite qu'une chose, c'est que vous formiez (Elle regarde son mari, puis s'appuie doucement sur son épaule)^ un COUple comme le
nôtre, indissoluble, sans une tache, sans une ombre. Que la vie soit pour vous, mes enfants, une route droite et claire... comme a été la nôtre... comme elle le sera jusqu'au bout.. .Ce bonheur-là, c'est la plus grande beauté !
HERVÉ, criant de loin.
Pas moyen de les empêcher... Ils forcent la porte...
Tous les élèves font irruption en criant : t Vive U Maître ! Vive Madame Bouguet !... »
RIDEAU