ACTE DEUXIEME m
BOUGUET
Laquelle ? Pourquoi t'arrêtee-tu ?
EDWIGE
Ah ! vous me devinez !
BOUGUET, Qioement.
Voyons, Edwige, ce n'est pas vrai, tu mens en ce moment-ci, car je sens bien que tu commences à aimer ton mari. (Elle secoue fa tête.) Si, si, tu l'aimes déjà ! Tu as beau dire, tu ne le sais pas toi-même, mais moi je le devine... j'ai la joie de le découvrir... L'autre jour, tu t'es mise en colère, tu l'as défendu à propos d'une futilité, avec de la véhémence que j'ai trouvée charmante.
EDWIGE
Ce n'est pas l'amour !
BOUGUET, s*animant comme pour se persuader lui-même.
Et comme il t'aime, lui ! Quel plaisir à voir la bonne candeur de ses yeux, la sollicitude joviale dont il t'entoure, sa transformation, car il est transformé depuis...
Taisez- vous ! taisez- VOUfr ! (Elle Im prertd ta main, i ta retire.) Permettez que j'appuie ma tête sans rien dire sur votre épaule...
BOUGUET
Allons, Edwige ! Pas de mots d'enfant gâtée ! Une plus noble attitude ! Plus de ces faiblessea d'adolescente. C'est exact, je pourrais, je devrais te dire, peut-être, de temps en temps, le mot qui fouetterait ta volonté et qui rassurerait tes émois.
EDWIGE
Ah ! V0U9 le reconnaissez !...
BOUGUET
Mais je ne le ferai pas. Je ne dois pas le faire, je ne le dois pas. Moralement, j'ai vis-à-vis de mon ami un devoir qui doit toucher au scrupule. Le silence total est préférable. Tout rapprochement, s'il t'apportait un bienfait et du courage, serait tout de même un pas en arrière... Mais oui... je crains tes bras tendus... (Se reprenant)^ quoique je te prie de n'avoir aucun doute là-dessus, je n'éprouve pour toi qu'une profonde sollicitude...
// le dit sèchement, presque durement.
EDWIGE
Quelle cruauté I prononcez donc au moins le mot amitié, s'il ne vous écorche pas la bouche I...
BOUGUET, avec une force croissante.
Une très profonde amitié, oui.
EDWIGE
Et puis, ne dites plus rien. Que font les mots I... Voyez, on va, on vient. Accordez-moi ces cinq minutes silencieuses, je vous en supplie. Si vous ne voulez pas me les accorder ici, que ce soit n'importe où, tenez derrière notre maison, dans une allée, dans plus d'ombre encore... que je sente, en ce soir si bon pour tous, si cruel pour moi, vos lèvres sur mon front. J'en aurai peut-être pour une année de courage 1... Vous verrez, j'arriverai au but, mais d'ici là... oh I d'ici là... par pitié... ne me refusez pas cette seconde... Je meurs de solitude et de courage vain... I
BOUGUET
Je la refuse.
EDWIGE, tombant à genoux.
Oh I c'est trop ! c'est un luxe de cruauté inutile. Pour qui cette cruauté, pour qui ?... Vous