‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 78 sur 254 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, HERVÉ, DES INVITÉS, puis MA- DAME BOUGUET, PÉLISSIER, CORMEAU, MARGELLE, puis EDWIGE.

Une quinzaine de personnes sortent et descendent les marches de Vorangerie.

HERVÉ, à Bouguet

On VOUS cherchait. Monsieur Bouguet. Vous n'avez pas entendu ?

BOUGUET

Nous écoutions du dehors, Hernert et moi.

// rentre précipitamment dans V orangerie, presque en courant.

HERVÉ

Monsieur Hernert I vous a-t-on remis ou envoyé votre exemplaire de la médaille commémorative ?

HERNERT

Je ne sais pas si je Tai reçue. En tout cas, on ne me l'a pas donnée ici. Au fait, je réfléchis même que je ne l'ai pas vue.

HERVÉ

Tenez, la voilà.

Quatre ou cinq personnes se rapprochent. Hernert regarde, sous la lumière qui vient de Vorangerie.

HERNERT

C'est très bien. Autant qu'une médaille peut être bien. Puis, c'est une plaisante idée du sculpteur d'avoir doucement appuyé le visage de son mari sur celui de Madame Bouguet. On ne sait pas lequel des deux reflète l'autre... On dirait que ces grands fronts absorbent toute la lumière...

HERVÉ

Comme c'est vrai. Monsieur, ce que vous dites I

laa LES FLAMBEAUX

D'ailleurs, Madame Bouguet aime passionnément la lumière. Figurez-vous qu'il n'y a pas de rideaux à ses fenêtres et elle se coiffe résolument en arliôre.

Madame Bouguet descend de Poran^erie. MADAME BOUGUET

Vous parliez de moi ? Vous vous moqfuiez de ma coiffure ?

HERNERT

Au contraire. Nou» admirions votre front que le sculpteur a fait très ressemblant. Nous disions : un front qui absorbe toute la lumière.

MADAME BOUGUET

On m'a assuré que Victor Hugo avait l'habitude, quand il voyait le front d'une femme embroussaillé, de lui rejeter tous les cheveux en arrière. Il avait raison : le front, c'est le visage de l'intelligence... Je ne dis pas ça pour moi I

UN ÉLÈVE, du perron de V orangerie.

Mesdames, Messieurs, Mademoiselle Mériel, de la Comédie-Française, veut, avant que nous nous séparions, vous dire un sonnet qu'un des nôtres, un jeune élève de Tlnstitut Claude-Bernard, a écrit en l'honneur de notre maître. Mademoiselle Mériel le dira, appuyée au socle de la vieille statue de Pomone, ici à droite...

PELISSIER

Excellente idée. Il faisait si chaud à l'intérieur.

CORMEAUX

Et ce sera beaucoup plus décoratif. Elle est si décorative !

MARCELLE, s*empressant et désignant le fond du jardin.

Si VOUS voulez tourner... à droite... c'est la

ACTB DEUXIÈME laS

statue qui est presque au pied de l'escalier.

Oh se dirige en masse dans le fond à droite. Il ne reste plus sur la scène que Madame Bouguet, Hernert, Hervé. Edwige, à ce moment, sort de torangerie et passe en se dirigeant vers sa maison.

MADAME BOUQUET, Vapercevara.

Edwige, tu ne viens pas ?

EDWIGE

Non. Je vais me coucher. Je n*en peux plus.

MADAME BOUGUET

Ta n'attends pas la fin ?

EDWIGE

Je suis prise d'un véritable étourdissement. Je monte dans ma chambre. Excusez-moi, et à demain.

MADAME BOUGUET

Tu n'a» besoin de personne ?

EDWIGE

J'ai prié la femme de chambre, au contraire, de ne pas me réveiller.

Le bruit ne te dérangera pas ?

EDWIGE

Pas le moins du monde. Avant un quart d'heure, je serai endormie. Je n'en peux plus 1

un PRÉPARATEUR, appelant dans U fond.

Vous venez écouter, Hervé ?

HERVÉ

J'arrive. Une seconde.

Edwige est entrée dans le pavillon. Elle attend à Vintérieur. On entend plus loiK une voix qui psalmodie quelques vers. Madame BougueL, au premier plan, donne un ordre à Hervé,

MADAME BOUGUET

Dites-moi, Hervé, il n'est pas venu un groom du journal VAube apporter des épreuves ?

HERVÉ

Non, Madame. Je suis au courant, s'il était venu, je ne l'aurais pas fait attendre.

MADAME BOUGUET

S'il n'arrivait pas avant un quart d'heure, vous seriez bien aimable de téléphoner au journal, car je ne veux pas qu'un article de cette importance paraisse sans que mon mari en ait pris connaissance. Vous me les apporteriez, je les corrigerais là... tenez... près de cette lampe...

HERNERT, baisant la main de Madame Bouguet.

Je prends congé de vous...

Comme je vous remercie d'être venu ce soir, Monsieur Hernert. J'espère que nous deviendrons de vrais amis.

HERNERT

C'est le vœu que j'exprimais à Bouguet luimême, il y a un instant. Nous venons de causer amicalement. Quelle étonnante impression de candeur et de sincérité se dégage de lui !... Vous savez... la pure simplicité des voyants 1... Vous êtes tous des candides ici. Vous m'avez encore donné, ce soir, un peu de réconfort, et je m'en vais charmé. A bientôt donc. J'ai hâte de revoir déjà cette maison de travail, d'ardeur, cette ruche paisible de l'intelligence et du savoir qui veille au cœur de Paris.

Il s'en va. Au moment où il se dirige vers le fond pour aller rejoindre le groupe qui s est réuni dans le jardin, on aperçoit Bouguet qui, à son tour, descend de Vorangerie et passe en se dirigeant du même côté qu'Edwige tout à Vheure.

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