ACTE DEUXIÈME i
Deux années avaient effacé presque totalement dans mon souvenir cette minute d'entraînement... et qu'elle ait pu engager l'avenir et la vie de cette (enfant, voilà ce que je me refusais à admettre 1
a seule chose que je pouvais faire, c'était de te dissuader de cet amour 1 Je l'ai tenté... si, si, rappelle-toi. Pendant un mois je me suis employé à refréner délicatement ton amour ! Peine per- 'hie I... La balle était partie et faisait sa trajec-
lire ! Tout le monde, toi, Edwige elle-même, ma lt>mme, tous rayonnaient ! Trop d'espoir de joie <>tait en jeu. Et je serais venu, moi... de quel droit ?... avec mes scrupules de conscience, une franchise impossible, détruire un avenir aussi plein de promesses !... Allons donc ! En parlant, je n'aurais fait que des ruines !
BLONDEL
Mais non, c'est ta lâcheté, tes calculs, qui t'ont arrêté !
BOUGUET
C'est ma bonté ! ma bonté seule I... mon désir du bien, ma confiance dans les forces vives de la nature, dans la puissance grandiose du temps qui répare, qui façonne, qui harmonise tout. (Blondel est assis. Bouguet se met à genoux, du geste malhabile d^un homme qui ri'a pas Fhabitude des génuflexions. Cet homme d^âge vient de le faire, presque comme un enfant.)
Regarde, ton vieil ami est à tes genoux. Regardemoi à travers ta colère, Paul, ta légitime colère et tes souffrances de grand enfant douloureux. C'est ce qu'a eu de pur et de charmant notre amitié passée qui va nous sauver. Faisons appel à tout ce qu'il y a de meilleur en nous, de plus noble. Ne te laisse pas abattre. C'est \'Tai, il y a, d'une part, contre nous, les misères et les préjugés, mais il y a aussi, pour nous sauver, les radieuses
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vérités dans lesquelles nous avons confiance depuis tant d'années, qui nous guident et nous prodiguent l'effusion de leur lumière.
BLONDEL, jetant des regards détournés sur ce maître à ses genoux.
Ah ! ta voix et ton éloquence de séducteur ! Oh ! tes yeux aussi... les yeux de mon maître ! C'étaient plus que les yeux de mon ami, c'étaient ceux qui m'auraient conduit au bout du monde, sans réflexion... Mauvais conseiller, va !... Tentateur d'idées !
BOUQUET, voyant l'ascendant qu'il reprend sur le disciple, et passionnément.
Oh ! si jamais j'ai eu un peu d'empire sur toi, je t'adjure de m'écouter. Elève-toi, oui, élèvetoi au-desBus des autres hommes, au-dessus de leur vulgarité. Ils sont faibles ; toi pas... Tu es de l'autre classe, toi, de la grande ! Ne sois pas le jaloux qui se torture par un atavisme fatal... Refoule la bête héréditaire. Souffre si tu veux, laisse-toi souffrir, mais que ton esprit vienne à ton secours. Elève-toi. Ne brise pas la vie devant l'accident. Sois comme le médecin en face de l'artère ouverte, bride-la. Qu'un acte oublié et si vain n'aille pas tout à coup stupidement anéantir nos trente ans de vie profonde, toute notre richesse intérieure, l'allégresse de l'œuvre. Pour dominer une alerte du cœur et de la chair, il ne te faut que le sang-froid de l'intelligence, et un peu de mépris... Oui, du mépris 1... Nous sommes d'un autre camp ! Donnons le spectacle de deux hommes qui mettent en pratique leurs propres idées. Qu'il y ait eu une fois cela dans la vie, sur la terre.... Comme ce serait beau 1 Que ce soit possible ! Devant la douleur faisons le miracle de nous élever au lieu de nous diminuer, de nous