ACTE PREMIER a
BIANCA
Jessie !... Tu m'en veux énormément ?
JESSIE
De quoi ?
BIANCA
De mes folies !
JESSIE
Oh ! toujours cette rengaine ! Mais non, mais non. Elles ont eu même un bon côté, tes foi
BIANCA
Lequel ?
JESSIE
Celui de précipiter un dénouement que nous aurions pu reculer encore de deux ou trois ans... Je vais linir ma valise. Il faut que la femme de chambre s'en aille. Ah ! j'emporte ton onglier. Ça t'est égal ? Je te le rendrai.
Fais comme tu voudras.
JESSIE
On doit venir me prendre dans une heure environ.
BIANCA, éclatant.
Ma petite chérie, non, non... nous ne pouvons pas nous quitter ainsi ! Depuis quinze jours nous n'avons pas risqué plus de deux ou trois allusions à ce qui va se passer.
JESSIE, fronçant les sourcils.
Ça valait mieux. Pourquoi changer ?
BIANCA
Ah ! plus de pudeur... au point où l'on en est ! Tout vaut mieux que cette affectation d'indifférence.
JESSIE
Je ne le crois pas.
BIANCA
Jessie, ma petite Jessie, je suis bourrelée de scrupules et presque de remords ! As-tu bien pesé ta détermination ?
JESSIE
A fond. Ma faculté de réflexion est même complètement épuisée.
Ne pourrais-tu pas essayer encore un an... six mois, une vie que tu as supportée si longtemps ?...
JESSIE
Essayer quoi ?... Se heurter encore à des déceptions... Je suis tellement lasse, si tu savais!... Non, j'avoue que je ne puis plus t'entendre parler, le matin et le soir, invariablement, de ce qu'a fait la cuisinière... de ce qu'ils ont encore mangé de café au lait... une plâtrée grande comme ça... (Elle fait le geste.) Ne plus savoir les vols supposés des domestiques... ignorer que la bonne a encore mis les pieds sur le fauteuil... ne pas t'entendre vingt-cinq fois par jour répéter : pgette, ne prenez donc pas les portes à pleine main, ma fille !... »
BIANCA
Si je le dis vin!.! -cinq t'ois par jour, o'est sans doute mie vingt-cinq fois par jour j'ai l'occasion de le dire,
JEfi
i oui, Blan Blan.., Bien sûr, et pour tout le cent... tu as mille fois raison !