‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 145 sur 236 · CHANTS D AMOUR OU DE PITIE · texte numérisé non relu

CHANTS D AMOUR OU DE PITIE

Mais que nous soyons jugés par la Vergognosa |libidineuse du Gampo-Santo de Pise, qui regarde à travers ses doigts, ou par les intègres Alcestes du journalisme parisien, disons-le hautement, sans morgue comme sans fausse humilité : ceux qui, dans mon cas, ne reconnaissent pas que, même insuffisantes ou avortées, bonnes ou mauvaises, mes œuvres sont, d'un bouta l'autre, des chants d'amour et de pitié, écrits avec tout mon cœur, ceux-là, je les déclare aveugles-nés ou de mauvaise foi !.„ Oh ! je sais ce que de semblables affirmations, si naturelles, pourtant, en face des basses attaques ou des calomnies, provoquent d'irritations confraternelles dans une -carrière où l'on a accoutumé de plaider inconscience et humilité pour se concilier le suffrage de ses pairs 1 Toutefois, si, de leur propre aveu, ma franchise habituelle, autant que la régularité de ma production, horripile certains détracteurs, je n'en continuerai pas moins, chaque lendemain de première représentation — aux heures où Goncourt s'évanouissait dans son chocolat en lisant que M. Vitu décriait son œuvre la plus récente — à retremper mon ardeur et à fredonner gaiement la douce ritournelle :

Sur ton théâtre, dans la rue, J'ai lancé deux petits pavés...

Demain je t'en lancerai trois !...

Trois. Pourquoi pas ? Ce chiffre ternaire sera plus justifié que de coutume. Car la Chair humaine est un triptyque plutôt qu'une pièce

aa8 LA CHAIR HUMAINE

en plusieurs actes. Trois stades différents d'une vie humaine, trois étapes. Je pourrais mettre ces sous-titres aux trois tableaux : la Chair qui naît, la Chair qui sai°ne, la Chair qui renaît. II ne s'agit donc pas d'une coupe habituelle. Pour une fois, j'ai voulu rompre avec la situation dramatique — exposition, développement et dénouement. Excellente occasion (je la souffle complaisamment aux intéressés) d'écrire des choses de ce genre : « M. Bataille ignore que les lois rigoureuses de l'intérêt scénique proscrivent ces éparpillements, dont le plus clair résultat est de nous empêcher de nous intéresser à quoi que ce; soit, même à aucun personnage. Nous sommes déroutés, etc. » Que voulez-vous, mon rêve constant, à moi, dans un métier que, par ailleurs, je connais assez bien, c'est d'apporter le plus, d'espace, de prolongement, d'universalité possible... Ah ! crever les portants !... Y parviendrai-je jamais ?...

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