ACTE PREMIER *4ô
fasse une pour moi, hein ?... Alors, pour cette robe, ça m'a fait un peu comme une cuisinière qui préparerait des plats dont elle ne mangera pas !
GABRIEL
Il paraît que ça les dégoûte ! les cuisinières n'ont jamais faim.
JEANNE
Nous disons des bêtises. Raconte plutôt comment tu n'es pas à la boîte aujourd'hui, en semaine, un mercredi !
GABRIEL
Je ne retournerai pas à Janson.
JEANNE
Non... Qu'est-ce que tu racontes ?
GABRIEL
La vérité. Je ne continue pas mes études.
JEANNE
Comment ! tu ne prépares plus l'école ?
GABRIEL
Ni cette école ni une autre.
JEANNE
Mais avec le consentement de ton père ?
GABRIEL
Parfaitement.
Et pourquoi arrêtes-tu tes études ? En voilà une nouvelle !
a5o LA CHAIR HUMAINE
GABRIEL
J'entre dans le commerce, dans le haut commerce. Je vais avoir une situation importante au Bon Dagobert.
JEANNE
Au Bon Dagobert... Le magasin de nouveautés ?... Une situation importante... à vingtdeux ans... mais pourquoi ?
GABRIEL
Je t'en prie, cela ne te regarde pas, Jeanne.
JEANNE
Je te demande pardon. Je veux dire : comment as-tu connu cette place ?
GABRIEL, rectifiant.
Cette situation, tu veux dire. Comment ?... Par relations... Dans le monde.
JEANNE
C'est vrai que tu sortais beaucoup le soir.
GABRIEL
Je suis très invité, oui, en ce moment... Je danse bien !
JEANNE, prend un escabeau et vient s'asseoir tout près de lui.
Alors, tu vas être libre du jour au lendemain. Enfin 1 je veux dire : libre à partir do cinq à six heures du soir... Six heures ?... hein ?... c'est trop tôt... Sept heures ? peut-être sept heures... Nous pourrons nous voir ! Quel bonheur !... Mais te voilà un homme, mon petit, tout à fait un