ACTE PREMIER aôg
JEANNE
Mais non, tu me l'apporteras quand tu viendras.
GABRIEL
Je ne peux pas revenir de quelques jours. (Il s^avance vers le berceau. Il regarde longuement en balançant sa canne.) En voilà un qui de longtemps ne se demandera pas ce que vaut la vie et ce qu'il vaut lui-même !
JEANNE
Comme ton livre : « Sera-t-il bon ?... Sera-t-il méchant ? »
GABRIEL, avec un geste évasij.
L'homme !... Adieu, ma petite Jeanne !
Il V embrasse.
JEANNE
Ah ! cette fois, tu m'as embrassée le premier ! Comme je suis contente... Et puis tu m'as appelée « ma petite ». Allons, ça vient... ça vient !
GABRIEL
Quoi?
JEANNE
Rien. (Gaiement.) Prenez votre livre, Monsieur Levasseur. Au revoir, Monsieur Levasseur du Bon Dagobert !... Au revoir, Monsieur le roi Dagobert.
GABRIEL
Ah ! tu plaisantes... Tu es en train de rire, maintenant !
JEANNE
Pourquoi pas ! Tout s'arrangera, va ! (Elle Vaccompagne à la porte.) Et ne vous cassez pas la
26o LA CHAIR HUMAINE
figure dans l'escalier en me regardant, Monsieur Da^obert ! (Elle lui envoie un baiser de loin.) A la semaine prochaine, pas ?... Jeudi ?... Peutêtre ?... Hein !... jeudi ?... Pourquoi pas r*... Mais oui... J'ai comme une idée que, jeudi... (Elle lui envoie un autre baiser et elle referme la porte. Seule elle arrange quelques affaires, étend le linge qu'elle avait lavé tout à Vheure, tout en chantonnant : En revenant de la revue, va vers le berceau et parle au bébé.) Ah ! VOUS avez du soleil dans vos mirettes... Attends... (Elle pousse le berceau hors du rayon de soleil, puis prend la robe de mariée et se met à coudre à côté du bébé en fredonnant toujours la même chanson. On frappe à la porte, elle crie.) Entrez !