LEVASSEUR, UN SECRÉTAIRE
puis UN DOMESTIQUE
LEVASSEUR, à son bureau.
Eh bien ! mon cher, alors filez à leur nouveau siège social. Remettez ça à leur chef du contentieux, d'abord... c'est une chose à part... Et, quant à l'affaire en elle-même, dites bien à Granet et à son associé que je vais réfléchir...
LE SECRÉTAIRE
Bien, Monsieur Levasseur.
LEVASSEUR
Que... dame... cinq cent mille francs, c'est cinq cent mille francs. J'allais mettre, en principe, une somme analogue dans une usine d'obus... mais ces achats de rails de chemin de fer pour les repasser à l'Etat, c'est tout autre chose !... Ils ont beau assurer que l'affaire donnera un bénéfice de dix millions... c'est des chiffres sur papier, tout ça !... Il me faut des garanties.
LE SECRÉTAIRE
Il y a déjà des propositions fermes de rachat de la Hollande.
LEVASSEUR
Ce n'est pas, vous le concevez, que je cherche, en dehors de nos usines, à gagner beaucoup d'argent avec cette sacrée guerre !... Mes usines me rapportent suffisamment... J'ai gagné beaucoup... beaucoup trop... mon cher... C'est gênant, même... Seulement, que voulez-vous, un industriel n'a pas le droit de ne pas faire fructifier son œuvre... Ne pas fructifier, c'est péricliter. Le principe en affaires est absolu... Et puis, je ne suis pas seul... Ma famille... Bref, je ne demande pas mieux que de placer ce bénéfice en partie dans une affaire intéressante... Encore faut-il que je la connaisse... C'est le risque de tous ces trafics de guerre, que nous nous cassions le nez tout à coup !
LE SECRÉTAIRE
Oh ! Monsieur Levasseur, à l'heure actuelle, il suffit d'avoir des capitaux... Tout est bénéfices... C'est le miracle de l'époque.
Je sais bien... Je sais bien... Et puis, n'est-ce pas du tripotage un peu, ça ?
LE SECRÉTAIRE
Vous me faites rire !... Vous, un homme de votre intelligence, employer des mots pareils !
LEVASSEUR
Je suis un peu retardataire, c'est vrai !... Il faut marcher avec son temps !... Et votre fils, au fait, je ne vous ai pas demandé...