‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 176 sur 236 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

où je vous ai reçu dans mon petit sixième du passage des Abbesses, jamais nous ne nous sommes revus... Je crois bien même n'avoir pas eu l'occasion de vous écrire plus de deux ou trois lettres... Ce n'est pas après ce temps-là que je changerai ma manière !

LEVASSEUR

Oui, vous avez toujours été très délicate, Jeanne, en toute occasion... je me plais à le reconnaître.

JEANNE

Parce que vous avez toujours été très bon !... Oh ! ne faites pas ce geste de dénégation... Au fond, vous avez fait tout ce que vous avez pu... Il n'aurait pas été raisonnable d'épouser à vingt ans la couturière à la journée de votre mère ! Ce sont là des choses insensées ! Quant au petit !... Evidemment, peut-être auriez- vous pu le reconnaître... Du moins par la suite... quelques années plus tard... Mais vous avez toujours subvenu à son éducation... Oui, j'ai tellement regretté pour Paul que vous ne l'ayez pas reconnu... Seulement, nous étions si jeunes à ce moment... On ne pouvait pas exiger ça de vous... Mais combien de fois dans la vie, mon garçon ne m'a-t-il pas dit : « Vois-tu, j'aime mieux porter ton nom, maman... ton nom de travailleuse et de brave femme du peuple !... En quoi cela me gêne-t-il de m'appeler Boulard, je te le demande un peu, au lieu de m'appeler Levasseur !... » Oui, il répétait ça souvent... C'est lui qui m'a quelquefois apaisée... et toujours aidée à comprendre ! Voyez-vous, je n'exagère pas, vous avez été réellement bon. Du moins comme on peut l'être dans la vie... Vous vous êtes occupé de la question matérielle toujours très discrètement et largement... Je n'ai

rien à vous reprocher !... Au moment où Paul a voulu entrer à la Compagnie du P.-L.M., vous avez appuyé de l'épaule... alors !...

Elle fait un geste vague.

LEVASSEUR

Et maintenant ?

Jeanne essaie de parler, puis elle parait prise d'une faiblesse,

JEANNE

Je vous demande pardon !...

Vous souffrez ?

JEANNE

Un peu d'émotion... beaucoup même !

LEVASSEUR, il la fait asseoir.

Vous avez mauvaise mine, en effet... Vous ne, vous sentez pas malade, depuis quelque temps ?... , Voulez-vous que je vous envoie mon docteur ?j qui est en même temps un ami... un homme excellent !...

JEANNE

Non, non, merci... je ne suis pas malade du tout... Oh ! le «offre est solide !

LEVASSEUR

Jeanne, peut-être devriez-vous, à votre âge, plus travailler...

JEANNE

plus travailler !... Qu'est-ce que je deviendrais alors, merci bien !... Et, d'ailleurs, je ne me fatigue pas... maintenant je suis surveillante au bureau de l'assy.

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