‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 177 sur 236 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LEVASSEUR

Ah ! vous êtes surveillante ?

JEANNE

Oui, depuis deux mois ! ça fait que j'ai changé de domicile pour ne pas habiter trop loin du bureau.

Vous avez congé aujourd'hui ?

JEANNE

J'ai plusieurs jours de congé.

LEVASSEUR, changeant de conversation.

Et... votre fils est toujours au 130e d'infanterie ? Vous avez de bonnes nouvelles de lui ?

JEANNE

J'en ai eu d'excellentes jusqu'au 30 du mois dernier... A cette date, il avait échappé à tout... Il a été de Verdun... de Vimy... puis sur l'Aisne et au repli des Allemands, et...

LEVASSEUR, gaiement.

Tant mieux ! tant mieux !... que cela continue, mon Dieu ! Je devine, ma pauvre Jeanne, tout ce que cette absence et ce danger perpétuel doivent vous faire souffrir dans votre solitude !... Quel surcroît de tristesse, pour tout le monde, aura été cette guerre !... Bah !... elle ne saurait plus être longue maintenant... C'est une affaire de mois... Et votre fils retrouvera non seulement sa place au P.-L.-M., mais une situation très améliorée... qui lui sera fichtrement bien due !... car on va être d'une générosité, après la victoire,

a8o LA CHAIR HUMAINE

pour ces héros ! Vous verrez ça ! L'après-guerre sera une époque rudement intéressante et rémunératrice pour ceux qui auront été à la peine ! Quel âge a-t-il déjà exactement ? Vingt-huit ou vingt-neuf ans, maintenant ?

JEANNE

Vingt-neuf. Paul est de la classe 1908, rappelez-vous. Il est du 12 avril 1888, le 12 avril !

LEVASSE UR, après un temps.

Ecoutez-moi, répondez-moi sincèrement, est-ce vous ?... est-ce lui ?... enfin lequel des deux a eu l'idée très touchante... oui, très touchante et qui m'a remué en effet, de m'envoyer, l'année dernière, sous enveloppe, sa photographie en poilu !

JEANNE

C'est moi, je savais que cela vous ferait tout de même plaisir d'avoir ça.

LEVASSE UR, remonte au-dessus du bureau»

Je l'ai mise dans un coin à part... et quelquefois... j'ouvre le tiroir...

JEANNE

C'est vrai... c'est vrai, dites ?

LEVASSE UR, à Jeanne qui pleure.

Chut ! chut ! dominons-nous... Ah ! que la vie est mal faite, injuste... Nul plus que moi ne l'a senti, et parfois très cruellement... J'ai, toute mon existence, été partagé entre mes devoirs et mes timidités... On pourrait me mal juger, si l'on me jugeait seulement à mes actes !

JEANNE, simplement.

Pas moi 1... Des paroles, comme celles que vous

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