SCÈNE V Les Mêmes, MADAME LEVASSEUR
MADAME LEVASSEUR
Mon ami, tu as renvoyé Philippe, c'est très bien... mais il est de toute nécessité que tu saches ce qui se passe... Il n'y a pas une minute à perdre... et tu n'as pas l'air de t'en douter.
JEANNE
Je m'excuse, Madame, d'avoir retenu Monsieur Levasseur. Je me retire.
LEVASSEUR, expliquant.
Madame est la femme d'un de mes employés du temps de l'usine de Montrouge, Boursault, un contremaître... Elle vient m'annoncer la mort de son fils, tué au champ d'honneur, ces jours-ci, dans des conditions particulièrement pathétiques..
Tu comprendras, ma chère amie, que je n'aie pas interrompu le récit d'une douleur qui vient de m'émouvoir moi-même presque aux larmes.
MADAME LEVASSEUR, allant vers Jeannet
Oh ! alors, c'est moi qui m'excuse maintenant de vous avoir interrompus et de vous avoir blessée sans le vouloir ! Un fils !... Ah ! mon Dieu ! vous avez perdu votre fils à la guerre, Madame ! Je n'imagine pas de plus grande douleur !... Je vous prie de croire que si j'avais pu deviner qu'une mère était en train de pleurer ici, entre ces quatre murs, la perte de son enfant, j'aurais attendu pour dire à mon mari ce que j'avais à lui dire de pressé.
JEANNE
Je vous remercie, Madame... D'ailleurs, j'ai fini, je n'ai plus rien à raconter à Monsieur Levasseur... Il a bien voulu m'écouter et me témoigner s a sympathie !
LEVASSEUR
Alors, c'est formellement convenu. Comptez sur moi. Vous aurez la visite de la personne que; je vous ai désignée et qui pourvoira à tout.... Quand préférez- vous ?... Le soir ?
JEANNE
Demain, si vous voulez bien.
Demain ;i]>rès-midi, vers trois heures ?... Entendu.
JEANNE, s* efforçant de sourire.
Je Buia un peu étourdie encore... Mon manteauJ