ACTE DEUXIÈME 3r
croire ! Je ne te demande pas d'être un héros, grand Dieu, non ! Cours ta chance, voilà tout, dans l'effort commun... Egale mesure pour les deux enfants... C'est simple... Un jour... on reçoit un petit bout de carton, on rejoint !
PHILIPPE, gravement.
On rejoint !...
LEVASSEUR
Et puis après, à la grâce de Dieu ! Son devoir !... un petit mot très vaste qui pèse après terriblement, hélas ! sur la conscience de ceux qui en ont eu l'ambition sans en avoir l'énergie !... A part ça, que la vie te conserve à ma tendresse, mon cher enfant ! Je t'aime tant... je t'aime pour deux !
PHILIPPE, timide.
Je voudrais te demander, papa... Tu n'as pas la photographie de... mon frère ?
LEVASSEUR
Si!
Silencieusement, il va à son bureau et, d'un classeur, tire une photographie. Philippe la prend et la considère.
PHILIPPE
Il me ressemble un peu !
LEVASSEUR, avec émotion.
Depuis un instant, c'est toi qui lui ressemble. C'est mieux !
Il lui serre fortement la main, PHILIPPE
On tâchera !... Je comprends ce que tu as probablement souiïert par moi, papa... Je ferai ce
3i4 LA CHAIR HUMAINE
que je peux, non pas pour égaler ton autre enfant, c'est difficile, mais pour que tu n'aies pas trop à souffrir de la comparaison, quand tu penseras à eux deux.
LEVASSEUR
Tout de même, la vie s'équilibre... On a beau s'évader, rompre la chaîne humaine, les anneaux se reforment, malgré tout, derrière vous, puisque, tu le vois, le sacrifice qu'un être a fait réagit de loin sur son frère inconnu... et le joint à lui dans ma tendresse...
On entend la voix de Madame Levasseur, MADAME LEVASSEUR, au dehors.
Oui, servez... On vous a dit à midi précis 1
LEVASSEUR, effrayé tout à coup et changeant de ton.
Sapristi, ta mère dans la salle à manger !... Je n'y pensais plus.
Il remet la photo dans son portefeuille. PHILIPPE
Et compte qu'un tel secret ne peut pas nous échapper !
LEVASSEUR
Bien entendu... Mais il faudra bien qu'elle connaisse la décision 1 et alors !... Je vois d'ici de quel enfer journalier je paierai oette métamorphose !... Ah ! il est toujours facile de conseiller la vaillance aux autres... Moi non plus, je ne suis pas un héros, Philippe... Et devenir un héros domesbique à mou âge, quand on est de ma classe, ce n'est Qohtre pas commode 1
PHILIPPE, souriant.
Pauvre papa !