ACTE DEUXIÈME 3u
sûrement la grande machine sociale de toutes mes désertions et de tous mes égoïsmes ! Ah ! c'est affreux !... Et, pendant qu'elle me parlait ainsi, douce et triste, j'entendais une voix qui me criait : « Lâche ! lâche !... Tu n'as été qu'un lâche toute ta vie ! Lâche en abandonnant cet enfant à toute l'injustice de sa destinée... Lâche en n'ayant rien fait pour porter secours au déshérité, toi, le riche, le veinard... Lâche en protégeant, choyant jusqu'à la couardise l'enfant légitime, garanti par toutes les ressources de l'argent et du pouvoir ! » Oui, il a fallu qu'il y ait ceci, et c'est justice : le fils du peuple, de l'ouvrière, sortant du rang obscur, un de ceux-là qui auront été l'aliment principal du sacrifice, avec peut-être au cœur les meilleures vertus de la race, ce fils qui n'hésite pas à aller se faire casser la gueule sans discuter, au premier ordre venu d'un capitaine 1 Et l'autre, le fils du bourgeois cossu, s'assouplissant, au contraire, à passer par toutes les mailles du filet pour fuir l'obligation du devoir !... Ah ! ah ! bravo ! belle lignée !... Un père lâche ne pouvait engendrer dans sa propre classe qu'un fils aussi débile !... Continue, mon petit !... tu as de qui tenir !... Tu es dans la tradition, va ! La voie est ouverte ! Il ne te reste plus qu'à me déshonorer un peu plus, en exigeant de moi que j'aille de bureau en bureau, de démarche en démarche, de mensonge en mensonge trahir nos couardises par des paroles tremblantes et balbutiées, pour qu'au moins, après ça, je finisse dignement ma vie, bourgeois las et repu dégoûté de luimême, au milieu de toutes les vieillesses de son cœur 1
PHILIPPE
Papa, tu n'auras désormais aucune démarche à faire, aucune démarche à subir... J'ai compris ce
que tu voulais que je comprisse... Ta confession n'aura pas été vaine. Je ferai mon devoir, tout mon devoir, je te le promets !
LEVASSEUR
Vrai ?
De toi à moi... c'est juré !
LEVASSEUR, regardant son fils avec émotion.
Ah ! tu ne sais pas le bien que tu me fais, Philippe ! le soulagement que j'éprouve tout à coup !... Il me semble que de l'air pur entre dans mes poumons ! Alors, c'est vrai, bien vrai ?... ce n'est pas une parole de commande ?
PHILIPPE
En doutes-tu ? Regarde-moi !
Levasseur se lève et va lentement vers son fils.
LEVASSEUR
Oui, j'ai vu la franchise dans tes yeux ! c'est très bien, Philippe, c'est très bien !... Embrassemoi, petit !
Ils tombent dans les bras Vun de Vautre.
PHILIPPE
Tu seras content de moi, désormais !... Tu as bien fait de me donner ton émotion à partager. Je suis bouleversé... mais le germe va pousser. Et tu verras que moi aussi... je suis ton fils !
LEVASSEUR
A nouveau, j'éprouve une grande émotion, mais bienfaisante, oelle-là, très doue»1 ! Et puis, tu sais, entre nous, pas besoin de phrases, pas <l«i grandB , c'est inutile 1 11 ne faut pas s'm faire