‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 208 sur 236 · ACTE TROISIÈME Soj · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME Soj

MADAME LEVASSEUR, continuant.

Je peux bien le confesser, à ce moment-là, je fus terrorisée par son énergie.

PHILIPPE

Tu ne pouvais pas te douter, maman — plus que moi, d'ailleurs — que deux mois ; surviendrait l' Armistice et que je n'aurais ?*> eu le temps d'exposer considérablement ma vie...

MADAME LEVASSEUR

Les voilà bien, ces héros 1... La manie d< dénigrer, de diminuer leur mérite... Ah ! bien français... On ne la changera jamais, la France !... N'importe, mon enfant, j'ai frémi pour toi, je l'avoue.

LEVASSEUR, bas.

C'est le laïus !

MADAME LEVASSEUR

Mais ça a été la source de ma régénérescence !... Quand tu es revenu et que vous avez pris, ton père et toi, mille précautions oratoires pour m'avouer la raison qui t'avait déterminé à partir, manifestement, vous vous disiez : « Comment vat-elle encaisser qu'il y avait dans la vie de son mari un fils naturel, un fils qui, bien qu'il ait été à l'honneur, n'en était pas moins né de l'inconduite. » Avouez, capons, que vous vous étiez dit : « Ça va être dur ! »... Eh bien ! non, voilà le miracle ! Mon esprit, tout naturellement, sans que je m'en sois aperçue, s'était agrandi, élargi... Lequel de vous a été le plus étonné ?

LEVASSEUR

Moi, sans conteste.

3a8 LA CHAIR HUMAINE

PHILIPPE

Après moi, papa.

BLEUETTE

Quel ensemble !

LEVASSEUR

Ma femme a été sublime, cornélienne... c'est vrai !... Quelquefois, je la blague un peu, mais là, je le dis sans ironie aucune. Bien sûr, un moment elle a sursauté, mais tout de suite elle s'est écriée avec un geste que je n'oublierai pas : « S'il était là, je l'embrasserais ! »

BLEUETTE

C'est très bien, Madame... Le voilà, le beau cri du cœur... en dehors de tout préjugé et de toute convention !

MADAME LEVASSEUR

Parfaitement, je l'ai dit et, s'il avait été vivant... {A Bleuette qui lui tend l'assiette de sandwichs.) Encore un sandwich, je veux bien... Et, s'il avait été vivant, j'aurais exigé que Gabriel fît tardivement son devoir et lui donnât son nom. Voilà comment la guerre a transformé les caractères ! La seule vraie faute de Monsieur Levasseur avait été de se dérober jadis à son premier devoir social. Ça ne m'étonne pas de lui, d'ailleurs.

LEVASSEUR

Cré bon Dieu !... Qui m'eût dit que ma femme, uu jour, me le reprocherait en plein salon 1... C'est inouï !

MADAME LEVASSEUR

Parce que je buîb jusl e <i bozme.

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