‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 207 sur 236 · ACTE TROISIÈME 3a · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME 3a

BLEUETTE

Maman ? non... Elle s'est fatiguée sur place.

MADAME LEVASSEUR

Hélas ! comme tant de gens... tant de pauvres gens... même pas exposés...

PHILIPPE

On est toujours exposé... à vieillir,

LEVASSEUR

Madame Sorbier a accepté de bon cœur que vous alliez à l'ambulance... Vous étiez si jeune !

BLEUETTE

Il n'aurait plus manqué qu'on m'empêche d'y aller... on aurait vu ça !

MADAME LEVASSEUR

Bien dit ! Voilà ce qu'étaient nos filles et nos fils ! et, au fond, nous ne dous en doutions pas ! La guerre nous aura servi à nous découvrir. C'est une banalité de le constater.

LEVASSEUR

Oui, oui, ma femme a raison... et les journaux aussi... Les valeurs morales... (A Bleuette.) Un peu de porto, ma chère enfant ?

BLEUETTE

Merci, non.

Tenez, moi-même, je reconnais qu'avant la guerre, j'avais des idées un peu étroites, des préjugés...

3a6 LA CHAIR HUMAINE

LEVASSEUR

Ah ! ça, tu peux le dire ! Ah ! ça !... Féodale, tu étais féodale 1

MADAME LEVASSEUR

N'exagère tout de même pas, Gabriel ! J'avais les idées de mon éducation... enfin, les idées qu'on m'avait données... Et, puisque Fifi, ma chère enfant, vous a mise au courant de tout ce qui touche la maison et de l'incident qui a bouleversé un moment notre vie, je puis vous en parler sans gêne aucune.

BLEUETTE

Oh ! oui, madame... je sais à quoi vous faites allusion.

LEVASSEUR, à son fils.

Ça y est !...

MADAME LEVASSEUR

Asseyez-vous...

PHILIPPE, à son père.

C'était inévitable !

MADAME LEVASSEUR, elle tousse un peu et se verse du porto.

Lorsque je vis l'année dernière ce malheureux Fifi s'arracher lui-môme aux infirmeries, lui, une recrue d'hôpital, pour courir au front...

LEVASSEUR, basa son fils.

Hein ! <'II<1 n'y va pas de main morte !...

PHILIPPE, bas.

Laisse-là écrire l'histoire !

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