ACTE PREMIER 3g
BIANCA
Je me méfie plutôt de son caractère que de sa fidélité. C'est une pouliche qui rue un peu dans les brancards ! Mais l'expérience viendra et elle s'assagira.
LE DUC
Heu ! Cette vieille putain d nce conduit
au désenchantement, Madame Cordier, jamais à la sagesse.
BIANCA
C'est exact pour les vieux, pas pour les jeunes.
Merci.
BIANCA
Je voulais dire simplement que, comme toute vraie jeune Elle, quand elle aura un peu vécu, son caractère se transformera et vous en ferez ce que vous voudrez.
LE DUC
Hum ! hum !... Les connaissances amoureu comme les connaissances militaires, ont ceci de particulier que leur utilisation sur le champ d'expérience est presque nul.
BIANCA, un peu béante.
C'est-à-dire ?...
LE DUC, lui frappant familièrement le genou.
Enfin, ai-je un peu dissipé vos inquiétudes ? Avez-vous d'autres recommandations à me faire ?
BIANCA
Ah ! c'est mal de vous moquer...
LE DUC
Donnez votre main, chère Madame Cordier, et
4o LA POSSESSION
voyez à l'expression de mon visage si j'ai envie de me moquer. Je l'aime beaucoup... beaucoup !...
Il le dit sur un ton pénétré.
BIANCA, les larmes aux yeux.
Merci. Ah ! la vie n'est pas ce qu'on voudrait qu'elle fût !
LE DUC
Je l'aime beaucoup. Je devrais peut-être vous en assurer, avec plus de protestations...
BIANCA
Non, il n'y a pas mieux que ce que vous venez de dire... Beaucoup, c'est énorme !
LE DUC
En retour, je ne demande pas de l'amour. Je me rends bien compte que l'amour, dans mon cas, c'est la part du feu... mais je me satisfais de la chance qui m'échoit, et soyez sûre que j'apprécie, chez la belle enfant, cette manière de venir à moi, cette simple soumission à l'homme, qui n'est pas sans candeur ni sans beauté... Et, en y réfléchissant, c'est admirable, chère Madame Cordier ! Nous venons d'avoir exactement la conversation préalable qu'ont toujours une belle-mère et un gendre. Au fond, il n'y a que trois ou quatre situations invariables dans la vie et la nature est éternelle !
A cet instant entre Jessie, un polissoir à la main.