‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 20 sur 236 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

riage, il n'y a que l'écart d'une convention, d'une cloison de papier.

Il prend un papier sur la corbeille à ouvrage. BIANCA

Exactement, duc.

LE DUC

Eh bien, déchirons la cloison, chère Madame Cordier... faisons-en une boulette et mettons-nous de plain-pied.

BIANCA, lui reprenant le papier

Eh !... s'il vous plaît, c'est un patron !

LE DUC

Excusez !... Ah ! la vraie boulette, elle est faite depuis fort longtemps !... C'a été mon mariage, la boulette 1 Parlons-en ! J'étais trop jeune, sans doute... Ma femme m'a rendu assez malheureux... Nous avons vécu séparés... Espérons que, vingt-cinq ans après, l'illégalité m'apportera les joies que la légalité m'a refusées.

BIANCA, avec un soupir.

Cette illégalité que je redoutais tant pour ma pauvre petite Jessie et qui n'a pas été non plus mon lot.

LE DUC

Ne regrettez pas le mariage, brrou ! Quelle caillasse ! Il y a de tout, là-dedans.

BIANCA

Si elle avait voulu, pourtant !... Bien des partis se sont présentés, fort acceptables... très... honorables...

LE DUC

Mais je n'en doute pas... Je sais qu'elle pouvait

prétendre à un meilleur avenir, plus régulier en tout cas, que celui que je lui apporte.

BIANCA

Qui sait ? Peut-être un jour lui donnerez-vous votre nom. Laissez-moi l'espérer, du moins... Quand vous apprécierez sa valeur... C'est un petit être exceptionnel... Elle réservait sa liberté pour qui lui conviendrait un jour, car, vous n'en doutez pas, elle est sage, absolument sage, dans le sens le plus rigoureux du mot.

LE DUC

Je le sais. C'est une des raisons de mon inclination. Ce n'est pas la seule, mais cette considération entre pour beaucoup dans le désir que j'ai de m'attacher à elle. J'ai calculé toute l'étendue de mes responsabilités, allez. Et s'il ne tient qu'à moi...

Oui, évidemment... je comprends ce que vous voulez dire ! Il y a l'aléa...

LE DUC

La casse. Sans quoi, ce serait trop commode de vieillir et d'être riche !

BIANCA

A vous de veiller au grain ! Je vous donne, le coeur bien tremblant, une enfant digne d'nn homme admirable. La femme est ce que l'homme l;i fait. Ne la gâchez pas, ne la diminuez pas et elle vous sera probablement fidèle.

le duc, fiant Vous ne vous engagez pas trop ! Je vois aveo plaisir que vous pouvez être mère sans altérer pour oela le jugement de la femme. Je vous en félicite.

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