ACTE TROISIÈME
LEVASSE UR
Est-ce une allusion... ou bien votre camarade ne vous a-t-il pas mis au courant...
Il s'arrête.
LE SOLDAT De ?...
LEVASSEUR
De certains faits concernant sa naissance ?
LE SOLDAT
Nous parlions plus de mort que de naissance à ce moment-là... Je ne sais pas de quoi vous voulez parler...
LEVASSEUR
Vraiment ?... Il ne vous a fait aucune confidence à ce sujet ?
LE SOLDAT
C'était un type bourru... peu loquace... ce qu'on appelle un renfermé.
LEVASSEUR
Se plaignait-il de la vie ?
LE SOLDAT
Dans les tranchées, est-ce qu'on se plaint jamais de la vie ?... La vie !... c'est que c'est quelque chose !
LEVASSEUR
Si elle a été trop mauvaise... pourtant !... Est-ce qu'il en voulait à des gens ?
Je crois que oui, tout de même... Des fois... oui... Mais pour sa maman qu'il aimait bien, il savait
dissimuler. Il ne voulait pas qu'elle eût encore de la peine à cause de lui. Une première fois, c'était suffisant.
LEVASSEUR
Comme VOUS dites ça !... (Il le regarde fixement.) Mais... Oh ! c'est inouï...
LE SOLDAT
Quoi ?
LEVASSEUR
Le haut du visage... les yeux...
LE SOLDAT
Faut faire comme ça... Imaginez-moi avec la barbe... (Il lève le coude à la hauteur des yeux.)
Vous verrez, c'est bien plus extraordinaire quand on fait comme ça...
LEVASSEUR
Est-ce qu'on vous a déjà dit que vous lui...
LE SOLDAT
Vous ne voudriez pas que ce soit la première fois. ( Levasseur a ouvert un portefeuille et pris la photographie.) Tenez, dans cette pose. (Il croise les bras comme s'il prenait la pose de la photographie qu'il n'a
pourtant pas regardée.) Comparez bien... Comme ça... je crois... que c'était comme ça.
Ma parole 1 je ne saurais pas que ce malheureux est mort...
LE SOLDAT
Votre cœur battrait, hein ?... (S'avançant vers Levasseur.) Regardai de plus près.