ACTE TROISIÈME
LEVASSEUR
Ah ! ça, est-ce que je suis fou ?
LE SOLDAT
P't'être pas !
LEVASSEUR, pousse un cri.
Vivant ?
LE SOLDAT
Vivant !
Un silence stupéfait, tragique, ébloui. LEVASSEUR, se reprenant, avec un soupçon.
Mais ce n'est pas possible, votre mère me l'aurait dit, je le saurais...
PAUL
Oh ! n'ayez pas peur... 11 n'y a aucune supercherie de la part de ma mère.
LEVASSEUR, la voix étranglée.
Alors... alors... vite ! Parlez !... mais parlez donc 1
Minute de repos !... Je vais vous expliquer.
LEVASSEUR
Elle vous a cru mort réellement ?
PAUL
Parbleu !
LEVASSEUR
A-t-elle su, par la suite, que vous étiez vivant ?
PAUL
Tiens donc !
LEVASSEUR
Et comment ne m'en a-t-elle pas averti tout de suite ? Pourquoi m'a-t-elle laissé dans cette persuasion ?
PAUL
C'est moi qui n'ai pas voulu...
LEVASSEUR
Vous ? Pourquoi ?
PAUL
Attendez !... Voilà l'histoire en deux mots. Des lignes françaises, on a vu que nous étions tombés, mon camarade Andrieux et moi. On nous a portés disparus, mais il leur avait semblé que notre compte était bon. Nos familles ont été averties que, portés disparus, nous devions être considérés comme morts. Les Boches m'ont ramassé après deux heures de souffrance. J'ai été ramené ensuite dans un lazaret et, de là, dans un camp en Allemagne. J'ai écrit à ma mère quand j'ai été assuré de survivre. Pourquoi lui faire une fausse joie, à cette femme, si je devais crever le lendemain ?... J'ai su qu'elle vous avait informé de ma disparition et que vous l'avez accueillie avec émotion.
LEVASSEUR
Ah ! vous ne devinerez jamais le bouleversement que cette nouvelle a apporté ici !
PAUL
Ici, oui... Là-bas, je ruminais ma souffrance ! Devant notre quart de riz, le soir, dans ma gamelle... avec mes poui à gratter et l'esquintement