ACTE TROISIÈME 3fi
due. C'est la première fois que je tiens tête à quelqu'un, par exemple !
PAUL
Et c'est pas rigolo, hein ?
JEANNE
Aujourd'hui, j'ai cru que je devenais enragée. J'ai foncé dans le tas ! Ecoute, ne t'en va pas maintenant 1 Reste, je veux que tu restes.
A pas peur ! Je ne te quitte plus.
JEANNE
Devant toi, ils n'oseront pas !
PAUL
Oui, ma belle. Mais je ne peux pas rester devant toi toute ma vie.
JEANNE
Si tu l'avais entendue clamer qu'elle quitterait sa maison !
PAUL
Tu m'en diras tant !
JEANNE
Sa maison, son fils, son mari...
PAUL
Nous lui en donnons un turbin au pauvre bougre ! 11 ne pourra jamais tenir le coup !
JEANNE
Enfin... comprends-tu ça ? Us étaient bien décidés.
PAUL
Quand j'étais mort... Maintenant que je suis un stock de liquidation...
On t'envoie me chercher et patatras 1 Enfin, je n'ai pas eu la berlue ! J'ai vu cet homme, l'année dernière, se frapper la poitrine quand j'ai apporté la nouvelle de ta mort. Depuis, il m'a parlé de toi dans des termes si douloureux, si bourrelés de remords... Il m'assurait que sa femme et son fils vénéraient ta mémoire. Et si tu avais été vivant ! que n'aurait-on pas fait pour toi ?... Que veux-tu, tout de même, j'ai l'impression très nette qu'à cause de toi il a passé sur cette maison comme un souffle d'air pur, d'enthousiasme !...
PAUL
C'est probablement vrai... Vois-tu, l'erreur est toujours de vouloir que les méchants soient d'un côté et les bons de l'autre, c'est plus compliqué que ça, maman ! Tous ces bourgeois farcis d'égoïsme pataugeaient dans leur bien-être... Ils ont senti passer sur leur tête, comme tu dis, un grand souffle, le souffle terrible de la guerre, car la guerre, si laide qu'elle soit, a soulevé de la beauté comme la tornade soulève tout dans la poussière... Los canards, dans leur basse-cour, ont battu de l'aile... Tu sais, lorsque les cygnes passent dans le soleil... Ils se sont, «liesses sur leurs pattes ! Il y a eu la contagion <!<; la beauté... l'élan. Puis, le grand souffle apaisé, ils retournent à l< 1 1 1- mangeoire et à leur petite pais <!»• volaille grasse... Après le coup d'aile, tout reprend. Mesquineries et appétits. Ils mt retrouvés tels qu'ils étaient auparavant.., Messieurs, la vie continue I