‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 235 sur 236 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

JEANfcE

Mais cependant, tout ce que tu disais au retour de ta captivité... Tout ce que vous avez rêvé, vous autres !...

Oui, l'âge d'or ! C'est nous qui étions fous de parler de justice sociale, de fraternité et autres balivernes... Tu ne le connaîtras pas, maman, l'âge d'or... Il y a trop de choses à venger et à refaire. L'époque est aux malins qui sauront tirer leur épingle dans récraboulllement général. Suivons l'exemple, maman, et laissons passer cette époquelà qui crèvera bien comme les autres... Une guerre, qu'est-ce que c'est que ça !... On pensait que tout serait changé après elle... Une guerre, c'est un petit point grand comme l'ongle dans l'es] Une paille dans l'infini 1... La terre roule sa b<> pareille comme avant... implacable. Tirons notre coupe, maman... En somme, quoi ? En voilà des chichis pour reconnaître un pépère déjà barbu qui a passé l'âge de la nourrice ! A quoi bon ce luxe inutile !...

JEANNE

Gomment, à quoi bon ? Et ton avenir ?

PAUL

Ce que nous aurions voulu, hein, maman, c'est qu'ils nous ouvrent mieux que leur bourse, leur cœur !... Ah 1 oui ! S'appeler Levasseiir, être le fils du puissant industriel, c'eût été quelque chose, bien sûr... Mais les bras tendus, la maison ouverte, le bon sourire heureux, et pour toi, maman, le respect, la bonté... Ne pleure pas, va ! C'était trop épatant... Sûr ! Quelle folie !.,. Alors, contentons* nous de la bourse. On ne peut tout de même pas

exiger de ce pauvre homme que sa vie devienne un enfer à cause de nous, parce que j'ai eu l'honneur de recevoir quelques pruneaux dans la guibole... Sois tranquille, au point de vue galette, papa Levasseur fera bien les choses... D'ailleurs, on n'a pas besoin d'un mobilier Louis XV de chez Dufayel !... Quoi ! Il me manque un emploi un peu plus rupin. Eh ben ! il me le donnera, papa Levasseur... il me le donnera, va ! et de quoi t'acheter une turne à la campagne... Pourvu qu'il n'entende plus parler de nous. Dis donc, maman, j'ai tout à coup une idée de génie.

JEANNE

Laquelle ?

PAUL

Foutons le camp ! Ce serait drôle, quand ils ouvriront la porte, solennels, le ventre en avant, qu'ils se cassent le nez sur le vide, plus personne... Les gars se sont poussé de l'air ! Viens donc, maman, viens donc !

JEANNE

Non, il ne faut pas... Il faut lutter... Pour toi ! Pour toi !...

PAUL

Ma grosse bique, va ! Est-ce que je ne t'ai pas ! Est-ce que je n'ai pas tes bras autour de ma poitrine ? Est-ce que j'ai besoin d'une autre famille que toi, qui m'as donné la becquée jour par jour et qui m'as élevé avec ton courage admirable !...

JEANNE, V embrassant.

Ali ! mon Paul, mon chéri !... Comme tu es bon pour moi. Quand tu es venu au monde, qu'est-ce qui m'aurait dit que ce petit bout de chair-là

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