ACTE TROISIÈME
réparerait toute l'injustice de ma vie ?... Que je t'aime ! Serre, serre-la, ta vieille maman !
PAUL
Eh ben ! Ce n'est pas meilleur que tout, dis ? (Il l'embrasse.) La guerre m'a rendu... Qu'est-ce que tu veux de plus, nom de Dieu 1 Dis, souris, la grosse... Souris !... Ah I mais tu en as, un sale caractère ! Vrai, tu sais 1
JEANNE, essayant de sourire à travers ses larmes.
Ah ! si tu es content et résigné 1 Pourvu que je vive avec toi un bout de temps, fouette, cocher ! Au bout du monde !
PAUL
Pas au bout du monde, c'est trop loin ! Mais je te paie une soirée à Saint-Germain, dans un caboulot que je connais très rupin, et puis, après, cinéma jusqu'à la gauche I... Viens donc !
JEANNE
Alors, quoi... Renoncer... abandonner au moment où peut-être !... Et si tu le regrettais après, mon petit !
PAUL
Non!
JEANNE
Pourquoi ?
PAUL
Pourquoi ? Parce que je t'aime... parce qu'il fait beau dehors... parce que tu as un œil qui se croit dur et qui voit tout en bonté et en douceur. Voilà pourquoi... Viens donc, maman, on rigolera un peu !
JEANNE
Sans attendre même ce qu'ils vont dire ?
3?8 LA GHAIft HUMAINE
PAUL
C'est bien plus chic !
JEANNE
Et sans un mot d'explication ?
PAUL
Si, tiens, un P. P. C. sur sa table, „ £ur un beau papier à en-tête avec majuscules... Toi, fais le guet. (Pendant qu'elle éeoute près de la porte, lui, debout, écrit sur le bureau et dit à voix haute.) Excusez, j'avais complètement oublié que je partais ce soir en villégiature au bord de la mer, à Saint- Germain-les- Flots. J'emmène ma bonne femme de mère qui a besoin de se refaire un peu les sangs. Bonsoir, les types... Ecrivez Panam... Ça suivra.
JEANNE, en larmes.
Ah ! cher enfant ! Cher enfant !
On entend du bruit o) côté.
PAUL, entraînant sa mère.
Hé ! gare là-dessous... Caltons... v'ià la famille !... Si qu'elle allait nous pincer ? Pas de blagues ! A Saint-Germain-les- Flots... Je te vas payer un de ces balthazars à trois cinquante le litron de vouvray... Passe, ma gosse... Je t'adore... Passe, ma bique...