DERRIÈRE LES POUPÉES
La radieuse conception de la religion catholique, c'est que l'Idée suprême, c'est-à-dire Dieu, ait été obligée, pour sauver le genre humain, de se faire chair, de se mettre à la portée de la créature, de partager ses vicissitudes et l'infériorité de sa substance... Ah ! la grande face de la Mort, les formidables leviers de haine et de ruine ont bouleversé notre planète en son été ! L'âme humaine palpite, souffre, espère, la chair aussi !... Quittons les cercles froids de la pensée, délaissons les passe-temps intellectuels et mesquins d'autrefois !... Soyons humains, soyons simples, soyons francs, soyons vrais ! Brisons les tours d'ivoire et visons droit à ce pauvre cœur fraternel des hommes, si éprouvé et toujours si abusé !... Le pouvons-nous ? Mais oui, je le crois sincèrement, et dans tous les arts. En tout cas, grâce à deux antennes sensibles dont il a le privilège, le poète, lui, possède le sens humain et le sens de l'infini, deux forces conductrices qui lui permettent d'avancer en fouillant du regard les profondeurs. C'est un don que lui ont, de tout temps, conféré les dieux. Eh bien ! qu'il le mette plus que jamais en activité. L'heure le veut. Son pre- Blier devoir est de frapper aux portes des âmes en < riant :« Voyez, voyez! La route est Longue encore, mais qu'elle est belle 1 Gomme c'est bien de ce côté qu'il faut aller, vers les lumières qui s'appellent justice, pitié, amour et paix... Ah ! nous en Bommes loin ? En marche tout de même ! Voyez !... Moi je ae suis que le vieua et modeste montreur de marionnettes. Mon rôle est bien limité, mais regardez tout de môme. Oui, j*1 sais,
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ce sont toujours les mêmes personnages que je vous apporte, du fond des âges... Il y a pourtant des différences ! Voyez, par exemple, ce personnage principal. Autrefois il s'appelait le gendarme, aujourd'hui je l'appelle, la nature. Au fond, c'est la même chose, j'entends bien ; tout de même regardez comment il dirigera la pièce et comment il triomphera au dénouement. Les autres, ce sont les créatures et le bâton. Voyez ! voyez !... la pièce est banale et simple, mais voyez à travers elle, je vous en supplie, je vous en conjure ! Voyez plus loin que les portants. Voyez la route vers laquelle, quand ils ont quitté le guignol, se dirigent les personnages. Et en marche de ce côté, à la sortie du théâtre !... En marche, derrière les poupées !... »
Henry Bataille.
Cette note a été antérieurement publiée dans le journal Excclsior, du jeudi 15 décembre 1921, sous le titre : La générale de ce soir au théâtre de Paris. — A propos de La Possession, par M. Henry Bataille.